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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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I)K madame'de sévigné.

manière quelle me paraît aimable ; il faudrait la prendre, si sonpère était raisonnable : mais quelle rage de naimer que soi, dese compter pour tout ; de navoir point la pensée si sage, si na-turelle et si chrétienne, détablir ses enfants ! Vous savez bienque jai peine à comprendre cette injustice ; cest un bonheurque notre amour-propre se tourne précisément il doit être.Jai fait une réponse à M. de Carcassonne ', que M. le chevaliera fort approuvée et quil appelle un chef-dœuvre. Je lai pris àmon avantage ; et comme je le tiens à cent cinquante lieues demoi, je lui fais part de tout ce que je pense; je lui dis quil fautapprocher de ses affaires, quil faut les connaître, les calculer,les supputer, les régler, prendre ses mesures, savoir ce quonpeut et ce quon ne peut pas ; que cest cela seul qui le fera ri-che ; quavec cela rien ne lempêchera de suffire à tout, et auxdevoirs et aux plaisirs, et aux sentiments de son cœur pour unneveu dont il doit être la ressource ; quavec de lordre on vafort loin ; quautrement on ne fait rien, on manque à tout ; etpuis il me prend un enthousiasme de tendresse pour M. de Gri-gnan, pour son fils, pour votre maison, pour ce nom quil doitsoutenir : jajoute que je suis inséparablement attachée à toutcela, et que ma douleur la plus sensible, cest de ne pouvoir plusrien faire pour vous; mais que je len charge, que je demande àDieu de faire passer tous mes sentiments dans son cœur, afindaugmenter et de redoubler tous ceux quil a déjà : enfin, mafille, cette lettre est mieux rangée, quoique écrite impétueuse-ment. M. le chevalier en eut les yeux rouges en la lisant ; etpour moi, je me blessai tellement de ma propre épée , que jenpleurai de tout mon cœur. M. le chevalier massura quil nyavait quà lenvoyer, et cest ce que jai fait.

Vous me représentez fort plaisamment votre Savantasse ; il mefait souvenir du docteur de la comédie, qui veut toujours parler.Si vous aviez du temps, il me semble que vous pourriez tirerquelque avantage de cette bibliothèque ; comme il y a de bonneschoses et en quantité, on est libre de choisir ce quon veut :mais, hélas ! mon enfant, vous navez pas le temps de faire aucunusage de la beauté et de létendue de votre esprit ; vous ne vousservez que du bon et du solide, cela est fort bien ; mais cestdommage que tout ne soit pas employé ; je trouve que M. Des-cartes y perd beaucoup.

Le maréchal dEstrées va à Brest ; cela fait appréhender qu'ilne commande les troupes réglées : je crois cependant quon don-nera quelque contenance au gouverneur, et quon ne voudra pointlui donner le dégoût tout entier. M. de Charost est revenu un

1 Celui qu'on appelait le bel abbé avant qu'il ne fût cvéque.

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