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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÊVIUNÊ.

SIS

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et de la Sagesse, et rnis dans le sujet, sont dune beauté quonne soutient pas sans larmes : la mesure de lapprobation quondonne à cette pièce, cest celle du goût et de lattention. Jen fuscharmée, et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour allerdire au roi combien il était content, et quil était auprès dunedame qui était bien digne davoir vu Esther. Le roi vint vers nosplaces; et, après avoir tourné, il sadressa à moi, et me dit :« Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi,sans métonner, je répondis ; « Sire, je suis charmée, ce que je« sens est au-dessus des paroles. » Le roi me dit : Racine a bien« de lesprit. » Je lui dis: « Sire, il en a beaucoup ; mais, en« vérité, ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi: elles« entrent dans le sujet comme si elles navaient jamais fait autre« chose. Ah ! pour cela, reprit-il, il est vrai. » Et puis Sa Ma-jesté sen alla, et me laissa l'objet de lenvié : comme il nyavait quasi que moi de nouvelle venue, le roi eut quelque plaisirde voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. M. lePrince et madame la Princesse vinrent me dire un mot : madamede Maintenon un éclair, elle sen allait avec le roi : je répondisà tout, car jétais en fortune.

Nous revînmes le soir aux flambeaux : je soupai chez madamede Coulanges, à qui le roi avait parlé aussi avec un air dêtrechez lui, qui lui donnait une douceur trop aimable. Je vis le soirM. le chevalier, je lui contai tout naïvement mes petites prospé-rités, ne voulant point les cachotter sans savoir pourquoi,comme de certaines personnes; il en fut content, et voilà qui estfait ; je suis assurée quil ne ma point trouvé, dans la suite, niune sotte vanité, ni un transport de bourgeoise : demandez-lui.M. de Meaux (Bossuet) me parla fort de vous, M. le Prince aus-si : je vous plaignis de nêtrevpas; mais le moyen? on nepeut pas être partout. Vous étiez à votre opéra de Marseille :comme Atys est non-seulement trop heureux mais trop char-mant, il est impossible que vous vous y soyez ennuyée. Pau-line doit avoir été surprise du spectacle : elle nest pas en droitden souhaiter un plus parfait. Jai une idée si agréable de Mar-seille , que je suis assurée que vous navez pas pu vous y en-nuyer, et je parie pour celte dissipation contre celle dAix.

Mais ce samedi même, après cette belle Esther, le roi appritla mort de la jeune reine dEspagne *, en deux jours, par degrands vomissements : cela sent bien le fagot. Le roi le dit àMonsieur le lendemain, qui était hier : la douleur fut vive, Ma-dame criait les hauts cris; le roi en sortit tout en larmes.

' Ver» de l'opéra dAtys.

* Marie-Louise dOrléans, fille de Monsieur et de Henriette-Anne dAngleterre,sa première femme.