526
LETTRES
de M. de Grignan ; elle a un goût pour lui qui nous fait rireMon fils est toujours aimable ; il me parait fort aise de me voir ;il est fort joli de sa personne : une santé parfaite, vif, et del’esprit ; il m’a beaucoup parlé de vous et de votre enfant, qu’ilaime ; il a trouvé des gens qui lui en ont dit des biens dont ila été touché et surpris; car il a, comme nous, l’idée d’un petitmarmot, et tout ce qu’on en dit est solide et sérieux. Un motde votre santé, ma chère enfant; la mienne est toute parfaite ,j’en suis surprise; vous avez des étourdissements, commentavez-vous résolu de les nommer, puisque vous ne voulez plusdire des vapeurs? Votre mal aux jambes me fait de la peine :nous n’avons plus ici notre capucin, il est retourné travailleravec ce cher camarade, dont les yeux vous donnent de si mau-vaises pensées; ainsi je ne puis rien consulter ni pour vous nipour Pauline. Je vous exhorte toujours à bien ménager le désirqu’a cet enfant de vous plaire; vous en ferez une personne accom-plie : je vous recommande aussi d’user de la facilité que voustrouvez en elle de vous servir de petit secrétaire, avec une maintoute rompue, une orthographe correcte ; aidez-vous de cellepetite personne. Adieu, ma très-chère et très-aimable; je vousécrirai plus exactement dimanche.
S80, A madame de Grignan.
A tiennes, dimanche i5 mai tôSg.
Monsieur et madame de Chaulnes nous retiennent ici par tantd’amitiés, qu’il est difficile de leur refuser encore quelques jours.Je crois qu’ils iront bientôt courir à Saint-Malo, où le roi faittravailler : ainsi nous leur témoignerons bien de la complaisance,sans qu’il nous en coûte beaucoup. Cette bonne duchesse a quittéson cercle infini pour me venir voir, si fort comme une amie,que vous l’en aimeriez : elle m’a trouvée comme j’allais vousécrire, et m’a bien priée de vous mander à quel point elle estglorieuse de m’avoir amenée en si bonne santé. M. de Cbaulnesme parie souvent de vous ; il est occupé des milices ; c’est unechose étrange que de voir mettre le chapeau à des gens quin’ont jamais eu que des bonnets bleus sur la tête ; ils ne peu-vent comprendre l’exercice, ni ce qu’on leur défend : quand ilsavaient leurs mousquets sur l’épaule, et que M. de Chaulnes pa-raissait , ils voulaient le saluer, l’arme tombait d’un côté, et lechapeau de l’autre : on leur a dit qu’il ne fallait point saluer; lemoment d’après, quand jls étaient désarmés, s’ils voyaient pas-ser M. de Chaulnes, ils enfonçaient leurs chapeaux avec les deux
1 Madame de Sévigné, belle-fille, n’avait jamais vu M. de Grignan.