DE MADAME DE SÉVIÜNÉ.
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elle est timide', elle trouvera les chemins barrés ; tout le mondene sait pas parler. De vous dire que je concilie ce procédé lé-thargique avec une amitié dont je ne saurais douter, non très-assurément, je ne le comprends pas, ni mon fils non plus : maisnotre résolution, c’est d’être assez glorieux pour ne nous pointplaindre ; cela donnerait trop de joie aux ennemis de ce duc, ceserait un triomphe. Nous sommes dans ces bois ; il nous est aiséde nous taire; il peut arriver des changements pour une autreannée : ainsi, ma chère enfant, nous sommes fort aises que vousl’ayez reçu si magnifiquement ; nous ne rompons nous-mêmesaucun commerce; je dirai seulement le fait, et demanderai àson excellence comment elle a pu faire pour penser sans cesse ànous, et pour nous oublier et s’oublier elle-même. Nous n’ironspoint du tout aux états, et nous nous moquerons de l’arrière-ban, qui ne nous est bon qu’à nous donner du chagrin. Voilànos sages résolutions: si vous les approuvez, nous les trouve-rons encore meilleures. Cependant nous sommes très-sensiblesà la perte que vous allez faire de votre aimable Comtat ; nous nesaurions trop regretter tant de belles et bonnes choses qui enrevenaient, ni vous voir sans peine rentrer dans la sécheresse etl’aridité des revenus. Je sens ce coup tout comme vous, et peut-être davantage ; car vous êtes sublime, et je ne le suis pas.
A propos de sublime, M. de Marillac 1 ne fait point mal, ceme semble. La Fayette est joli, exempt de toute mauvaisequalité ; il a un bon nom, il est dans le chemin de la guerre, eta tous les amis de sa mère, qui sont à l’infini : le mérite de cettemère est fort distingué ; elle assure tout son bien, et l’abbé s lesien. Il aura un jour trente mille livres de rente: il ne doitpas une pistole : ce n’est point une manière de parler. Qui trou-vez-vous qui vaille mieux, quand on ne veut point de la robe?La demoiselle a deux cent mille francs, bien des nourritures ;madame de La Fayette pouvait-elle espérer moins ? Répondez-inoi un peu, car je ne dis rien que de vrai. M. de Lamoignonest le dépositaire des articles qui furent signés il y a quatrejours entre M. de Lamoignon, M. le lieutenant civil, et madamede Lavardin qui a fait le mariage.
288, A madame de Grignan.
Aux Rochers, dimanche a octobre 1689.
Il y aura demain un an que je ne vous ai vue, que je ne vous
1 René de Marillac, doyen des conseillers d'Etat, mariait Marie-Madeleine de Ma-rillac, sa fille, avec René*Armand Mothier, comte de La Fayette , fils puîné de ma-dame de La Fayette.
1 Louis Mothier, abbé de La Fayette, fils aîné de madame de Li Fayette.