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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIÜNÊ.

54 J

287. A madame de Grignan.

Aux Uocliers, dimanche 16 octobre i6Sg.

Quelle joie, ma chère enfant, que le quinquina ait produitses effets ordinaires ! Je vous avoue que je tremblais en ouvrantvotre lettre, car tout est à craindre dun tempérament commecelui de M. le chevalier. Quel bonheur quun remède si chaud sesoit accommodé avec la chaleur de son sang ! vous .avez granderaison de croire que je prenais un extrême intérêt à la suite decette terrible maladie. Mais comme vous êtes le centre de toutesles conduites, et la cause de toutes les santés, je me réjouisinfiniment avec vous de tant de bons succès, car M. de Grignansen veut mêler aussi. Savez-vous bien que je suis encore plussurprise que la goutte ait guéri les entrailles de M. de Grignan,et que le beau temps ait chassé la goutte, que je ne suis étonnéeque le quinquina ait guéri la fièvre? Vous pouvez donc vous ap-plaudir du régime du riz, qui est si adoucissant, et qui peut avoirfait tous ces miracles. Je nai garde de méloigner de Grignan,pendant que vous avez la joie de voir vosGrignans en si bonnesanté; jy prends trop de part. Je ne veux pas même aller à Pa-ris , de peur de me distraire : cest une chose plaisante que lamanière dont madame de Lavardin men presse, et men faci-lite tous les moyens, et de quels tons madame de Chaulnes sesert aussi; il semble quelle soit gouvernante de Bretagne ; maisje lui ferai bien voir que cest à présent la maréchale dEstrées ',et que je ne suis plus sous ses lois. En vérité, elles sont aima-bles; je ne crois pas quon puisse employer des paroles plusfortes, ni plus pressantes, ni trouver de plus solides expédients ;et le tout, parce quelles craignent que je ne mennuie, que jene sois malade, que mon esprit ne se rétrécisse, que je nemeure enfin; elles veulent me voir, me gouverner: M. du Boissen mêle aussi : cette conspiration est trop jolie ; je laime etje leur en suis très-obligée, sans en être émue. Je veux vousgarder leurs lettres ; vous verrez si lamitié et la vérité ny bril-lent pas.

On me mande que cest M. de Coëtlogon qui aura la députa-tion s ; je nen ai pas douté, et je crois que M. de Chaulnes nendoutait pas non plus. Il avait bon esprit, il voyait le retour duparlement, le présent de la ville de Bennes, la part que M. deCoëtlogon paraissait avoir à tout cela, comme gouverneur decette ville, lon tient les états : tout parle pour lui ; il fait

4 Le maréchal dEstrées commandait en Bretagne en labsence de SI. de Chaulnes.

* M. de Chaulnes avait promis de faire [avoir cette députation ri M. de Sévigné,et ne lavait pas fait.