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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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LETTRES DE CHARLOTTE DE HALLER A HENRI MEISTER 457

» J’entends bien à peu près ce qu’ils veulent dire, mais jevoudrais en avoir une traduction exacte.

» A propos, j’ai trouvé dans la bibliothèque de ma sœurla Pluralité des mondes (de Fontenelle). Vous l’aurez lu sansdoute. Croyez-vous que cela soit au-dessus de ma portée?Vous m’avez si fort effrayée avec votre Philaminte, que je n’osepresque rien lire que l’almanach.

» Je suis ravie de l’approbation que vous donnez à mes sen-timents. Puissé-je ne jamais démentir la bonne opinion quevous avez de mon cœur ! Je voudrais toujours être plutôt esti-mable qu’aimable à vos yeux, aussi bien qu’à ceux de toutesles personnes de l’estime desquelles je fais du cas. Voilà unefin plus grave que vous n’auriez peut-être attendu de votretrès humble servante, » Ch. H. »

« Je ne sais ce que vous voulez dire avec le portrait que jedois avoir fait de vous à M me Haller ( Marguerite Schulthess,femme d’Amédée Haller, sœur d’Ursule, et belle-sœur de Char-lotte ). Je ne lui ai rien dit de vous, sinon que vous m’aviezécrit beaucoup de belles choses que je me garderais bien decroire. N’ai-je pas raison en cela? »

IV

« Wildenstein, 31 décembre 1765.

» Je suppose, monsieur, que vous n’avez point gardé copiede la dernière lettre que vous m’avez écrite, ainsi je m’en vaisun peu la rappeler à votre mémoire. Je ne sais depuis quandvous avez une si mauvaise opinon de moi : savez-vous bien que

ni plaintive; je n’accuse jamais le ciel : tu vois bien que mon cœur n’estpas en proie à l’amour. »

C’est Erixène, la sœur du roi Porus, qui parle en ces termes dans lapièce (d’ailleurs extravagante) d 'Alexandre aux Indes (I, 4).

Il semble que Charlotte ait trouvé dans ces vers la peinture de sespropres sentiments. Elle est comme Erixène, qu'Alexandre ne laisse pasindifférente, mais qui sait qu’il aime Cléophile: Erixène ne s’en désespèrepas, et ne prend pas son sort au tragique. Au dernier acte, elle ne refu-sera pas d’épouser le vertueux Gandarte.