DÉMON D'AZUR
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l’orpheline, âgée de cinq ans, et l’éleva avec sa filleAnastasie qui en avait trois. La petite princesse Aline,lourde, gauche, l’air endormi, sans grâce ni beauté,devint le souffre-douleur de la ravissante Anastasie, quila tyrannisait ferme, tout en l’aimant à sa manière, dansla mesure où elle lui était utile. Anastasie la défendaiténergiquement contre les moqueries et les quolibets deses petits amis et amies, qui tous détestaient Aline, etcelle-ci le leur rendait avec usure.
En s’instituant le paladin de sa cousine déshéritée,Anastasie ne cédait nullement au besoin de protéger lefaible, mais elle n’admettait pas qu’une personne ou unobjet qui lui appartenait pût être critiqué ou tourné en ri-dicule ; or Aline était sa chose, et pour cette raison devaitêtre respectée.
Plus tard Anastasie trouva que la laideur de sa cousinefaisait ressortir sa sculpturale beauté de brune au teintmat, et qu’elle lui servait d’écran commode, moins encom-brant qu’une duègne, et aussi sûr. Aline, loin d’être jalousede la beauté de sa cousine, s’en faisait une gloire.
— Comme on nous a admirées! s’écriait-elle naïve-ment en revenant d’un bal, sans se faire la moindre illu-sion sur la part qui lui revenait de ces hommages.
Son amour pour Anastasie était sans bornes, aveugle,canin, et pour cela touchant.
Elle avait réellement souffert d’être séparée de M meMaroukov pendant la maladie de celle-ci. Elle gardaitférocement rancune à la jeune fille de l’avoir écartée duchevet de son amie, et s’était bien promis de lui fairedurement expier ce forfait.
Dès que la princesse fut un peu calmée, AlexandreMaroukov s’approcha de sa belle-mère pour la féliciterde sa bonne mine. Il se trouvait en pleine lumière, et sa