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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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A LA RECHERCHE DU GENN-CHENN

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de joie. Prudemment il gratta de ses ongles la terre noireet tendre pour ne pas risquer de froisser ou de meurtrirle rare tubercule, qui est très fragile. Il mit à nu la partiesupérieure de la racine. C’était une grosse plante plusépaisse que le pouce, qui devait avoir plusieurs annéesd’existence et par cela même plus de prix. Il redoublade prudence en la déterrant, car il savait que la moindredétérioration de la plante lui enlève sa valeur.

Soudain la forêt retentit d’un cri perçant et doulou-reux qui s’éteignit dans un râle qu’étouffa un formidablerugissement.... Il n’y avait pas d’hésitation possible, undes compagnons était devenu la proie du tigre. Ki-Séfut secoué d’un frisson, mais ne détacha pas ses yeux dela racine. Il arrêta une seconde son travail, puis le repritaussitôt, comme s’il n’avait pas entendu le cri tragiqueet le râle d’agonie de son camarade.

«Pourvu que le latnasa ne me touche pas!» se dit-il.

Les autres chercheurs se montrèrent non moins indif-férents à l’ouïe du cri suprême de Kouen-Lou expirant.Tous l’entendirent, mais pas un ne bougea pour se porterau secours de la victime. Le fauve s’enfonçait déjà plusloin dans la forêt, pourléchant ses babines rouges de sanghumain. Tout à coup, son flair subtil dépista la présenced’un autre homme. Prudemment il se dirigea vers Ki-Séabsorbé dans sa découverte. Celui-ci avait déjà déterrétoute la racine et il examinait son trésor en souriant,supputant le nombre de taëls qu’il recevrait pour cetteaubaine. C’était, en effet, un spécimen remarquable degenn-chenn; la racine accusait fortement la forme d’unetête d’homme, justifiant ainsi son nom. Ki-Sé débordaitde joie.

« Cent taëls (650 francs), c’est le moins qu’on puisseme donner ! pensait-il.... Je serai riche.... je me ferai