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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE

surpris, sans prendre la peine de mettre un oreillerd’herbes sous sa tête. Ses yeux s’enfonçaient dans leursorbites, brûlés d’un feu fiévreux et de mauvais augure.Son corps amaigri et écorché était à peine couvert parles loques sales de sa veste bleue ; ses pieds tuméfiés etmeurtris n'étaient protégés que par les lambeaux de sessouliers de cuir. Il piétinait dans le fourré avec hésita-tation et sans avancer. Pourtant cet endroit aurait dûlui être familier, car depuis deux jours il ne quittait pasla piste frayée par des bêtes de toutes dimensions. Ilmarchait, sa tête hirsute baissée, et examinait attentive-ment les moindres traces de loups qu’il discernait parmiles nombreuses marques du passage d’autres bêtes.

« Encore une trace de loup, marmottait-il, les loupsrouges doivent vivre ici, j’en suis certain. »

Il avait déjà creusé deux fosses, mais les loups n’étaientpas tombés dans le piège. Dans l’un, il avait attrapé unrenard, et dans l’autre, une loutre. Il les tua et les jetadehors, furieux de voir qu’ils avaient dérangé la litièrequi masquait la fosse. Lorsque la faim se faisait sentir, ilne cherchait même pas à la satisfaire. Le soir il allumaitun grand feu et s’endormait à côté. Vers minuit le bra-sier s’éteignait, mais Séo-Kvi continuait à dormir, n’ayantaucune crainte d’être attaqué. Jusque-là le hasard luiavait été favorable, il n’avait rencontré aucune bête fé-roce. Il se persuada que ce danger n’existait plus pourlui, parce que le divin Fo préservait l’élu mandchou deGhirine. Depuis qu’il avait pris la résolution de capturerle loup rouge vivant, il ne connaissait plus la crainte.Deux jours encore se passèrent et il trouva dans sespièges, une fois un glouton et une autre fois un toutjeune ourson du Thibet, ce dernier mort.

Découragé, Séo-Kvi erra toute la journée sans rien