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BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE
Mandchou. Il lui sembla que la taïga tout entière en fré-missait. Dans sa terreur, il avait oublié d’allumer un feuet la nuit noire l'enveloppait. Soudain, de toutes parts desflammes luirent dans les broussailles et se livrèrent àune danse fantastique ; des éclairs fulgurants zigzaguè-rent dans l’obscurité. Séo-Kvi n’en douta plus, les mau-vais esprits le cernaient et allongeaient vers lui leursgriffes de feu.
Fou de frayeur, il se leva et se mit à courir éperdumentdans la forêt en poussant des cris stridents. Il lui semblaitqu’une bande infernale était lâchée à sa poursuite, queles arbres qui l’entouraient secouaient leurs cimes touffuespour le menacer et lui barrer le chemin. Il suivait lapiste au jugé, devinant d’instinct ses sinuosités. Il couraitsans s’arrêter, mais enfin le moment vint où ses jambesfléchissantes se dérobèrent sous lui ; ensanglanté, il tré-bucha dans les branches enchevêtrées d’un taillis et perditconnaissance.
VII
Lorsque les compagnons de Séo-Kvi se lancèrent à sapoursuite, ils se flattaient de mettre facilement la mainsur lui. A mesure qu’ils avançaient sur la piste, ils sepersuadaient plus fermement qu’ils tenaient sa trace. Iciet là pendaient aux branches des lambeaux arrachésaux vêtements du Mandchou dans sa course affolée. Puisce fut sa pipe qui se trouva sous leurs pieds et un peuplus loin son briquet et sa blague à tabac. Cependant lanuit approchait et ils ne l’avaient pas encore atteint.
— Il s’est couché à cette place ! s’écria le chef, enmontrant l’herbe foulée par un corps long.... Ah! le chien,il est monté au sommet.