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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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CHRONIQUE AMÉRICAINE

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la foule, — cette même foule qui, le soir, s’étouffait aux portesd’un théâtre pour admirer Réjane dans 7.aza . Parfaitementinconnu des Américains deux mois auparavant, M. Wagner aacquis, en quelques semaines, une popularité presque in-croyable. A tous les coins de rue des camelots vendent Lavie simple , comme ils ont vendu Sapho au temps où le chef-d’œuvre de Daudet avait tourné la tête des New-Yorkais. Lelivre du pasteur alsacien a eu la bonne chance de recevoirl’approbation officielle de M. Roosevelt, et cet endossement, aulendemain du triomphe électoral du président, a produit uneffet magique. M. Roosevelt, qui a une belle fortune et vientde faire mettre la Maison-Blanche sur le pied des palais euro-péens, était sans doute tout désigné comme une autorité enmatière d’austérité et de simple life. Il est vrai que Sénèque aécrit d’excellentes choses sur la pauvreté en se servant d’uneplume d’argent et d’une table dorée.... Somme toute, et enadmettant qu’il y ait quelque peu de bluff dans la croisade entre-prise par M. Wagner ou plutôt dans la manière dont on a conduitcette croisade, c’est une chose qui, au pis aller, est inoffensive.Elle a eu toutefois une conséquence inattendue. Un pasteurprotestant de l’Ouest, enflammé d’un beau zèle par les discoursde son collègue de France, a décidé de fonder une colonie de« simplistes, » qui iront demeurer loin du monde, dans desruines préhistoriques, les Cliff Dwellings, habitées jadis parune race inconnue de troglodytes, en Arizona et en Colorado.Il est possible que ces illuminés mènent là une vie simple,mais elle sera émaillée de quelques difficultés. Je connais cetterégion : les cavernes sont presque inaccessibles et le sol, auxalentours, est un des plus ingrats qui existent. Souhaitons queles nouveaux convertis ou leur postérité ne retombent pas,là-bas, à l’état sauvage de l’homme primitif. Ce serait ungenre de simplicité qui évidemment causerait des remords àM. Wagner.

Un fait qui, soit dit en passant, montre bien de quelle im-portance est aujourd’hui l’art de la mise en scène et combientout dépend de la façon dont les choses sont présentées au