LIVRE PREMIER.
69
cœurs fidèles. Avant là fin de l'année, M. Arnauld,dans une espèce de Philippique intitulée Première Sa-voisienne, s’enflammait à servir la cause royale contrece même duc de Savoie, qui chicanait sur la restitutiondu marquisat de Saluces et autres conditions des trai-tés.'Déjà, au plus fort de la Ligue, il avait répliqué à unmanifeste du duc de Mayenne par un écrit intitulé VAnti-Espagnol, et lancé encore d’autres pamphlets loyaux,dans le même sens, mais non avec le même sel, je lecrains, que la Satyre Ménippèe. Dans un Avis au Roipour bien régner , il donna plus tard (en 1614) des con-seils utiles, dont les Etats-généraux, alors assemblés,profitèrent. Mais le fait qui resta le plus capital de savie (après ses illustres enfants), ce fut d’avoir plaidé en1594, au nom de l’Université, contre les Jésuites, quin'en aiment pas mieux ces Messieurs de Port-Royal ,comme ajoute un malin chroniqueur 1 .
Le plaidoyer au nom de l’Université de Paris contreles Jésuites, cette pièce qu’on a appelée le péché ori-ginel des Ainauld, avait pour occasion l’attentat dePierre Barrière sur la personne de Henri IV, en 1593.L’Université, par la bouche de M. Arnauld, demandaitl’expulsion de la Société auprès du Parlement. Pres-que au début de cette Gatilinaire, après une premièreexcursion vers Pharsale et ces guerres plus que civiles;
1. Dans une Apologie pour Jean Châtel, un fanatique du temps,en accusant M. Arnauld d’être calviniste, se plaisait à rapprocherson nom du mot grec àpvéop.ai qui signifie nier, renier. MaisM. Arnauld, l’avocat, n’avait jamais été calviniste; cela n’étaitvrai que de M. de La Mothe, son père, et de quelques-uns de sesfrères. — M. Roget de Genève, dans l’article du Semeur intituléles Arnauld huguenots, que j’ai précédemment indiqué, croit queje me suis trop avancé en disant ce mot jamais pour M. Arnauldl’avocat : il conjecture qu’enfant celui-ci avait été élevé dans leCalvinisme, et qu’il y demeura jusqu’à la Saint-Barthélemy, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de treize ou quatorze ans.