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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE PREMIER.

71

Ilots dans la grand’salle, attendant, écoutant aux portesfermées ; car les Jésuites avaient obtenu que les débatsne fussent pas publics. L’orateur même en tirait partien quelques meilleurs endroits : il les montrait toujoursaimant le petit bruit, non pas venus d’abord en Franceà enseignes déployées , mais se logeant dans l’Universitéen petites chambrettes , longtemps renardant et épiant.Il étouffait pourtant dans ce huis-clos.

Jamais enfin, dans nul autre discours, M. Arnauldn’a autant déployé que dans celui-ci ce que son filsd’Andilly appelle les maîtresses - voiles de l’éloquence.Nous retrouverons de reste ces mêmes maîtresses-voi-les, non moins pleinement gonflées, dans les plaidoyersde M. Le Maître, son petit-fils, l’un de nos solitaires L

maître Antoine Arnauld commença son plaidoyer contre eux, quifut violent en toutes ses parties depuis le commencement jusquesà la fin : car il appela lesdits Jésuites voleurs, corrupteurs de lajeunesse, assassins des rois, ennemis conjurés de cet Etat, pestesdes républiques, et perturbateurs du repos public; brief, les traitacomme gens qui ne méritoient pas seulement d’être chassés d’unParis, d’une cour et d’un royaume, mais d’être entièrement racléset exterminés de dessus la face,de la terre; entra aux preuves detout cela sur les mémoires qu’on lui avoit baillés, qui sont mé-moires d’avocats, qui ne sont pas toujours bien certains. Que si àson plaidoyer il eût apporté plus de modération et moins de pas-sion, laquelle ordinairement est sujette au contrôle et à l’envie, ileût été trouvé meilleur de ceux mêmes qui n’aiment pas les Jé-suites et qui les souhaitent tous aux Indes, à convertir les infidèles. »

1. On lit le nom de M. Arnauld au nombre des auteurs les pluscélèbres recommandés par l’Académie française lors du premierprojet de Dictionnaire (voir YHistoire de l’Académie, par Pellis-son) : il figure dans l’honorable catalogue non loin de M. Marion,mais un peu près de saint François de Sales et dé Montaigne,quand on songe que son principal titre dut être le fameux discours.— Un autre morceau de lui également fameux, et qu’il ne faut pasconfondre avec le plaidoyer, parut en 1603 sous ce titre : Le francet véritable Discours au Roy sur le rétablissement qui lui est de-mandé pour les Jésuites■ Mais on voit dans Bayle que la peur prità M. Arnauld de déplaire au roi, et qu’il retira le plus qu’il putles exemplaires. Soit différence de genre {le franc Discours n’ayant