LIVRE PREMIER.
III
ASSUÉRUS.
Ne comiaissez-vous pas la voix de votre époux V
Encore un coup, vivez, et revenez à vous.
On n’est pas en droit toutefois de conjecturer quedans cette pièce d ’Esther, où, en général, sous prétextede Saint-Cyr, il se ressouvenait certainement tout basde Port-Royal, Racine ait songé, pour la précédentescène en particulier, à l’évanouissement de la mèreAngélique. Il est douteux même qu’il ait fait le rappro-chement après coup ; car toute cette scène du Guichet ,si émouvante et si dramatique, cette Journée queM. Royer-Collard aime à citer comme une des grandespages de la nature humaine, comme une de celles que,même pour des philosophes, aucune de Plutarque n’ef-face en triomphe moral et en beauté de caractère, Racine,dans son élégant Abrégé , n’en dit pas un seul mot, et ilse contente de noter que, vers ce temps, la mère Angé-lique fit fermer de bonnes murailles son abbaye. Tant lesAbrégés, même les mieux écrits et les plus faits en con-naissance de cause, sont insuffisants et infidèles ! — Etpuis, l’oserai-je dire ? dans cet oubli, dans cette omissionde Racine, j’entrevois de la timidité littéraire et du goût:il jugea peut-être la scène trop forte, — trop forte denaturel et de naïveté. Il craignit les railleurs.
Je reviens à la jeune Angélique évanouie. A cet instant,tout change de face. Un père est toujours père, dit Pau-line, dans le Polyeucte de Corneille : M. Arnauld, à lavue de sa fille sans mouvement, oubliant tout et qu’il estoffensé, s’écrie, lui tend les bras à travers cette grillequi s’oppose ; c’est pour le coup qu’il veut entrer. — Il fappelle les religieuses pour qu’elles viennent du dedanssecourir leur abbesse. Madame Arnauld, M. d’Andillyet le reste de la famille, avertis aux cris de M. Arnauld,se précipitent, de leur côté, à la porte du monastère, etheurtent derechef pour faire venir ; mais les religieuses,