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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE PREMIER.

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malignement, que si le pauvre homme ne se repentait pasdu conseil qu'il avait donné à la Mère, au moins il serepentait de bon cœur de s'être venu ainsi produire. Ilsortit tout confondu et se pouvant dire brouillé avec larépublique, c’est-à-dire avec la famille des Arnauld.

M. Arnauld avait eu assez de sang-froid pour remar-quer dans le moment que ce moine était un peu jeuneK pour un directeur, ce qui lui déplut ; et il s’en ressou-» vint pour obtenir, peu après, que l’abbé de Cîteaux leE[ retirât.

^ La mère Angélique souffrit bien de ce renouvellementd’orage dont un religieux qu’elle respectait venait d’êtreS l’occasion et la victime. Elle continua pourtant, ce jour-I là et le lendemain, de faire agréer à son père ses rai-

■ sons ; et il fut convenu que dorénavant, lorsqueM. Arnauld viendrait, il n’entrerait plus dans ce qu’onappelait les lieux réguliers. Mais, après cela, on accom-moda les choses, et l’on eut permission de l’abbé deGîteaux de le faire entrer pour qu’il donnât ordre auxbâtiments et aux jardins lorsque ce serait nécessaire, lecloître seul excepté. Pour madame Arnauld et ses filles,on obtint des supérieurs la permission de les faire entrerlorsqu’elles le voudraient ; ce qui ne fut pas de sitôt. Eneffet, madame Arnauld, dans le premier moment de sa

■ colère, lorsque sa fille leur refusait la porte, avait juréde ne jamais remettre les pieds à Port-Royal ; de sorteque, tout apaisée et toute bonne mère qu’elle était, elle

• se croyait liée devant Dieu, et que, bien contre soncœur, elle n’osait revenir. Mais, environ un an après ,le jour de saint Dominique , 4 août, elle alla le matinentendre un sermon aux Jacobins ; l’on y disait qu’il n’yavait pas obligation de conscience aux jurements impru-dents et proférés dans la colère. Sa joie fut si grandede se savoir ainsi déliée, que, rentrant chez elle et s’em-pressant de dîner, elle ht mettre les chevaux au car-