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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE PREMIER.

127

passe en cette âme ineffable et, rejetant les misères dela circonstance, ne rendait, comme il sied à la musique,que l'orage de l’esprit, qu’aurait-on? Oh! non pas lagloire et la jubilation de l’hymne de Polyeucte ; le chanten elle n’est pas triomphant; il est plus étouffé, plustriste, plus frémissant, plus combattu des cris de laterre. Moins éloquent, il pourrait être bien touchantdans sa réalité et son mélange. Polyeucte oublie un peutrop Pauline, il va jusqu’à dire :

Et je ne regarde Pauline

Que comme un obstacle à mon bien !

La jeune Angélique, tout en faisant ce qu’elle croit de-voir, n’est pas si dure en paroles et en pensées : ellesaigne, elle souffre, et, quand son père au parloir luiredevient père et affectueux de langage, elle s’évanouit.

Ce que je fais là d’étrange en critique littéraire n’estpas si loin de l’esprit de mon sujet. Je tente d’aborderune tragédie sainte de la seule façon peut-être qu’unM. de Saint-Cyran eût aimée ou permise. Je ne profanepas Polyeucte , je le confronte ; je me plais à incliner lamajesté de l’art, même de l’art chrétien, devant la pluschétive réalité, mais une réalité où éclata le même sen-timent intérieur dans toute sa Grâce.

La sainte véritable, l’héroïne pratique se trouve donc,à l’épreuve, plus humaine et plus naturelle que le saintdu théâtre ; Polyeucte passe plus qu’elle les bornes né-cessaires. Il est vrai que dans l’admirable scène dePolyeucte et de Pauline, quand celle-ci essaie de l’é-branler , le héros à un moment s’échappe à dire hélasïsur quoi Pauline se récrie :

. . . . Que cet hélas a de peine à sortir!

Encor s’il commençait un heureux repentir,

Que, tout forcé qu’il est, j’y trouverais de charmes!

Mais courage! il s’émeut, je vois couler des larmes.