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PORT-ROYAL.
sacrifice de soi pour tous; ce qui devait incessammentrayonner et s’échanger entre tous ces cœurs de mère,d’aïeule, de filles, de petites-filles, de sœurs, de fils,de neveux et de frères, entre tous ces êtres unis dans unseul sentiment de fidélité repentante, d’immolation etd’adoration? Voyons-les tous un peu dans notre idée,rangés devant nous, agenouillés, à la lampe du malin,sur ce parvis qu’ils usent, et sous ces voûtes qu’ils fontnuit et jour retentir; figurez-vous, — tâchez de vousfigurer par des chants, par des rayons, par tout ce qu’ily a de plus éthéré et de plus pur, cette inénarrable etinvisible communication de pensées, de sentiments,d’âme enfin, d’âme perpétuelle sous l’œil du Seigneur :et demandez-vous après s’il fut, depuis les jours anciens,depuis la tige de Jessé, depuis l’olivier des Patriarcheset dans toutes les postérités bénies, un plus beauspectacle sur la terre !
Nous n’avons pas fini de Polyeucte. Cette grandepièce, tout d’abord applaudie par la masse des specta-teurs enlevés, et qui, selon le naïf témoignage de Cor-neille en son Examen , satisfit tout ensemble, à la repré-sentation, les dévots et les gens du monde, tant lestendresses de l’amour humain y faisaient un agréablemélange avec la fermeté du divin , ne fut pourtant appré-ciée à fond et bien comprise qu’à la réflexion longtempsaprès. Monchesnay a raconté que Boileau regardait Po-lyeucte comme le chef-d’œuvre de Corneille. La pièce,en effet, dont l’hôtel de Rambouillet n’avait pas voulu,méritait de prendre sa revanche entière dans l’esprit deBoileau. Je regrette que lui-même, en ses œuvres, ne sesoit pas plus déclaré là-dessus; je ne me rappelle pasd’endroit notable où il cite bien particulièrement lesaint martyr, tandis qu’il allègue à tout instant le Cid,Cinna, les Horaces . J’aurais voulu que dans l 'Art Poé-tique, à propos de l’art chrétien, il fit tout haut à Po-