Buch 
Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
Entstehung
JPEG-Download
 

144

PORT-ROYAL.

la poussière et ne seront plus remués que par les éru-dits : le monde des lecteurs est au chantre de Glorindeet d’Armide. En France, pour toute la partie burlesque,satirique et moralisante du Moyen-Age, Rabelais a faitainsi : son livre est comme un lac un peu bourbeux 1 ,mais profond, où toutes les sources se viennent verserau bas des dernières hauteurs de l’époque qui finit, etquand la plaine du seizième siècle commence. Rabelais,à la rigueur, sur ce point, dispense de remonter, et l’ony trouve amassés, dans le plus vaste réservoir, toutes lesmalices, toutes les risées, tout le sens observateur et hu-main, tout le débris enfin ët le limon des âges précédent s.La Fontaine, on l’a dit souvent, est lui-même un poètedu seizième siècle dans le dix-septième ; en lui, en sesContes et dans toute sa manière, se retrouve condensé,aiguisé, raffiné sans altération et avec franchise le meil-leur sel des fabliaux. Ces reproductions abrégées et bril-lantes de toute une veine du passé en un seul homme,en un seul talent, ces sortes de ricochets sont donc plusqu’un accident fréquent, c’est comme une marche géné-rale en littérature 2 : il semble alors que les siècles entiersn’aient servi qu’à amasser et préparer la matière au génietardif, mais facile, qui fleurit seul en vue dans l’arrière-saison. Cela même tient à une loi supérieure et qui s’ap-plique à de plus grandes choses. Dans l’ordre de lanature, les grandes formations antérieures d’animaux,

1. Bourbeux de matière et de fond; car, de style, il est très-puret limpide.

2. On en pourrait citer bien des exemples encore, et de diversgenres, et en tirer diverses moralités : Ovide dans ses Métamor-phoses est le dernier d’une série de poètes mythologiques quil’avaient précédé à Rome depuis le temps de Catulle : Cui nondictus Hylas puer? disait Virgile. Ovide a donné le résumé et lafleur, la guirlande de toute cette mythologie qu’il clôt et enserre ;comme l’Arioste, il est l’héritier et le prodigue brillant de ce queles autres ont amassé et qu’on ignore. Ainsi vont d’ordinaire l’art