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rORT-ROYAL.
n’était pas cette fois la grosse querelle des Encyclopédisteset de la Sorbonne, ni même celle des Gluckistes et desPiccinistes : c’était de savoir si l’acteur, le bon et grandacteur, quand il joue, doit s’éprendre de son rôle aupoint d’en être sérieusement, entièrement ému et en-traîné, ou s’il doit, tout en s’y livrant, le dominer parun sang-froid intérieur et le juger. La querelle, soulevéelà sous une forme particulière et sur un point spécial del’art, était applicable à d’autres arts, et le double procédéà débattre se retrouvait tout directement pour le poètedramatique autant que pour le comédien. L’acteur Ric-coboni, qui avait levé la question, prit parti d’un côté:Diderot prit feu de l’autre. Pour moi il me semble qu’ily a lieu aux deux procédés, et que c’est le caractère mêmede deux ordres de talents.
Incontestablement il s’est rencontré des poètes dra-matiques qui, en créant les personnages, les êtres diversdont ils ont animé la scène, ont eu cela de propre derester plus calmes, plus désintéressés, plus détachés, dese moins jeter, si l’on peut dire, à toute verve et à corpsperdu dans tel ou tel de leurs personnages, si bien qu’enleslisant et en embrassant leur œuvre dans sa riche diversité,on ne sait lequel choisir et lequel eux-mêmes auraient depréférence choisi : tous vivent chez eux, et d’une vie in-fuse, variée et facile, comme dans la nature. Les poètesen qui se déclare le plus évidemment cette souverainemanière de créer, on les nomme déjà : Shakspeare,Molière, Walter Scott, si dramatique en ses romans,Goethe en partie. Tous plus ou moins, autant qu’on lepeut induire de la nature de leurs œuvres ou des détailsde leur vie, étaient calmes d’apparence, rassis au milieude leurs créations ardentes; ils y portaient, jusqu’aucentre, un certain sang-froid, une clairvoyance qui nese perdait guère dans le feu et la fumée des momentsextrêmes, ou qui se retrouvait tout après. On peut dire