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PORT-ROYAL.
Au lieu de vertu mettez dévotion, et religion au lieude sagesse; changez vite nature, fortune et volupté engrâce, dilection et amour, et vous aurez presque un por-trait de l’âme heureuse en Dieu, dans le style de saintFrançois de Sales 1 .
Ces rapprochements-là et ces éloges littéraires ne se-raient-ils pas au fond une critique sérieuse, une répri-mande théologrque du trop aimable saint?
Il n’a pas évité, littérairement encore, les inconvé-nients et les défauts de sa manière : le mauvais goûtabonde chez lui; un mauvais goût par trop de fleurs, partrop de sucre et de miel, par trop de subtilité de ma-tière lumineuse ; non pas déplaisant ni choquant si vousvoulez, affadissant pourtant et noyant à la longue. On litchez lui, par exemple : « Théotime, parmy les tribula-tions et regrets d’une vive repentance, Dieu met biensouvent dans le fond de nostre cœur le feu sacré de sonamour; puis cet amour se convertit en Y eau de plusieurslarmes, lesquelles, par un second changement, se con-vertissent en un autre plus grand feu d’amour.... » Noussuivons toute une opération à l’alambic. C’est le mauvaisgoût du temps, celui de Des Portes, celui de Malherbeimitant le Tansille : Ses soupirs se font vents.... Mon-taigne plus ferme n’y tombe pas.
Il y a, chez saint François, des chapitres ainsi intitu-lés : Que le mont Calvaire est la vraye Académie de ladilection. On atteint en propres termes l’euphuisme, lemarinisme et le gongorisme de la dévotion.
1. H cite Montaigne à divers endroits, dans ses Controversescontre les Protestants (discours xxv et xxvi) : Montaigne y a toutl’air, ma foi! d’une très-bonne et très-loyale autorité catholique.« Je me souviens, dit le 'saint, d’avoir leu dans les Essays dusieur de Montaigne, quoyque laïque, qu’il trouvoit ridicule devoir tracasser entre les mains de toutes sortes de gens le sainctlivre des sacrez mystères.... » Ce quoyque laïque est joli ; il ou-blie vraiment que c’est là son moindre défaut.