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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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PORT-ROYAL.

sait d’où, se rencontrent parmi ces amas de fadaises.Il a énormément écrit. Niceron énumère de lui centquatre-vingt-six ouvrages, sur tous les sujets. SaintFrançois avait fait le traité de Y Amour de Dieu; lui, il adonné le Parénètique de l’Amour de Dieu ; ce sont desMétanées, des Métanéacarpies ou fruits de pénitence, desSyndèrèses.... Mais surtout il s’est livré au roman reli-gieux, dont il a chez nous inventé 1 le genre : saintFrançois semble un peu complice, de le lui avoir con-seillé. L ’Astrée de son ami d’Urfé avait mis Camus dansce train d’être un d’Urfé tout chrétien : il voulut contre-luilter ou plutôt contrebutter , dit-il, ces autres livresdangereux ou frivoles : de là les Âgathonphile, les Par-thcnice, les Dorothée , les Agathe, les Spiridion , lesPalombe , que coup sur coup il desserra; ses amantsfinissent toujours par le cloître ; c’est presque commeaujourd’hui 2 . Il faisait, dit Tallemant, l’un de ces petitsromans en une nuit. Naudé, qui a l’air de l’admirer,

1. Inventé ou plutôt réinventé; car il n’y a rien, dès longtemps,de tout à fait nouveau. Le Moyen-Age avait eu ses poèmes reli-gieux, ses fabliau x-légendes : on sait les contes dévots de Gautierde Goincy.

2. Palombe ou la Femme honorable, un de ces vertueux petitsromans de Camus, et dans lequel, par exception, il n’est pas ques-tion de cloître, mais où la vertu conjugale est célébrée, a été re-publié de nos jours (1853), avec une Introduction, parM. H. Rigault;mais malgré tout ce que le spirituel éditeur a mis en tête du livreet ce qu'il a retranché dedans, jl n’a pu réussir à en faire quelquechose. C’est, en effet, une erreur de goût ou un jeu par trop arti-ficiel, de prétendre faire quelque chose de rien , de croire qu’onpeut ressusciter ce qui n’a jamais eu. vie. M. Saint-Marc Girardin,dans une de ses agréables leçons, avait bien pu, par une sorte degageure d’esprit, louer Palombe, déclarer ses lettres admirables etmoraliser à ravir sur ce thème de la femme délaissée (Cours delittérature dramatique, tome IV, p. 336); mais autre chose estrftie^glose vive et piquante développée en Sorbonne, autre choseune édition du texte même, refroidie sur le papier. M. Rigault s’esttrop laissé prendre à l’attrait du commentaire.