LIVRE PREMIER.
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Après la paix de Cateau-Gambrésis (1559), le duc Em-manuel-Philibert, recouvrant les États perdus par sonpère, s’était fait rendre aussi le Ghablais et les Bailliages(1564) : mais il y eut pour clause que la religion catho-lique n’y serait pas rétablie, ou du moins que la libertéde conscience y serait respectée. Après la mort d’Emma-nuel-Philibert, la querelle avec les Suisses se rengagea;à un certain moment, excités par la France et guidés parSanci, ils crurent l’occasion favorable pour ressaisir cespays de leur religion, et les reprirent, en effet, d’uncoup de main (1589). Le duc Charles-Emmanuel les enchassa presque aussi vite ; on traita de nouveau, et surles anciennes bases ; mais, nonobstant toute clause, lesouverain songea désormais à y extirper l’hérésie. Il de-manda à l’évêque de Genève, Granier, d’organiser unemission à l’effet de convertir ses sujets; cette mission,on le conçoit, avait pour lui un'sens et un but d’utilitétout politique.
Pour François de Sales, c’était autre chose ; elle avaitun sens purement religieux. Mais il est curieux d’aper-cevoir combien il sut intéresser le zèle tout politique dece prince à son but tout religieux à lui. Après les pre-miers actes de courage, de dévouement, de charitécomme il l’entendait, et pour lesquels il refusa la forcearmée que tenait à sa disposition le baron d’Hermance,il trouva pourtant que le duc n’aidait pas assez, et que,distrait par d’autres intérêts, il négligeait de consoliderl’affaire déjà entamée par la Grâce. Une lettre que leduc lui adressa pour le féliciter et le mander à Turin,survint fort à souhait ; il y courut, traversant les Alpespar le Saint-Bernard à l’entrée de l’hiver. Arrivé à laCour, par ses conversations, par ses mémoires écrits etdiscutés au Conseil, il donna une haute idée de ses lu-mières en d’autres matières encore qu’en théologie. Ilsut faire ressortir le penchant des Réformés à la répu-