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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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PORT-ROYAL,

Pour revenir à ses relations avec le duc de Savoie, ceprince, qui s’était formé une haute idée des talents et dela capacité politique de François dans toute cette affairedu Chablais, mais qui ne concevait guère, en ambitieuxqu’il était, le désintéressement et le dévouement pur,quand on avait en soi de telles ressources de finesse, leduc avait l’œil sur François, et comme il le voyait fortchoyé de la France, inclinant souvent et voyageant dece côté, il en prit une méfiance qui se trahit par millemauvais tours , comme les appelait le saint. Ce fut sur-tout quand François fut devenu évêque de Genève que leduc appréhenda qu’il n’eût l’idée de traiter avec laFrance de ses droits sur cette ville, droits que revendi-quait le duc pour son compte, mais desquels Françoisn’était disposé à traiter avec personne *. 11 lui refusa unefois la permission d’aller prêcher le Carême à Dijon;une autre fois que le prélat était allé au pays de Gexpour travailler à la conversion du bailliage sur une in-vitation du baron de Luz, gouverneur au nom de laFrance (voyage dans lequel, le Rhône étant débordé, ilavait dû traverser Genève), il apprit que le duc en grandecolère avait menacé de séquestrer ses biens. Les visitesque recevait François du côté de la France étaient pource prince vieillissant des causes perpétuelles de soup-çons qui rejaillissaient sur toute la famille de Sales etenveloppaient les frères du saint. On voit, par plusieurs

]. N’étant encore que coadjuteur, pendant la guerre repriseentre le duc de Savoie et Henri IV au sujet du marquisat deSaluces, François s’était jeté à travers l’armée française pour em-pêcher qu’elle ne détruisît l’œuvre catholique dans le Chablais.A la paix, en 1602, il était allé à Paris pour y traiter des intérêtsde conscience du bailliage de Gex; il y était devenu l’objet dessoins de la Cour, le directeur de plusieurs grandes dames et prin-cesses. Henri IV lui avait offert en France pension et évêché. Leduc de Savoie en sut mauvais gré au sujet fidèle.