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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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PORT-ROYAL.

j’aime à le croire, des conseils détournés. Ne craignonspas de surprendre ainsi le cœur humain à nu et son in-curable duplicité, même dans l’âme des plus saints.D’ailleurs il y a de quoi justifier : si la louange est pu-blique, la réprimande a été directe, intérieure. Le cou-rage n’a pas manqué 1 .

Cette conduite avec le duc de Savoie nous éclaircitl’autre avec Rome et y est plus qu’un acheminement. Cequ’il a fait là envers son souverain politique, il l’a dûfaire envers Rome à plus forte raison. Il en pensait mal;il l’a dissimulé ; il en a dit bien. Gomme Bérulle, commeFrédéric Borromée, comme Saint-Gyran (comme, aufait, il était impossible qu’un homme de lumière et devertu ne le vît pas alors), il a connu la plaie, il l’a dé-plorée en confidence ; il a pu dire : Ma fille, voilà dessujets de larmes...; qu’on relise de nouveau sa vraiepensée là-dessus. Mais au dehors, dans ses écrits, danssa conduite, il s’est incliné ; il a célébré l’unité augustede l’Église et les vertus absentes qu’il aurait voulu y voirrenaître et briller 2 . L’unité lui paraissait si essentielleet si fondamentale, qu’il y a tout dirigé, qu’il y a fait

1. Qu’on fasse une part essentielle encore, celle du patriotisme.Ce prince rusé, mais grand, était nécessaire pour retenir l’Étatdémembré, pour relever la patrie en ruines, sur laquelle on sur-prend de nobles larmes dans les épanchements intimes du prési-dent Favre et de saint François, surtout dans les lettres datées dela Babylone de Thonon.

2. C’est ainsi qu’on le trouve dans ses Controverses, Discours xiv,répondant aux objections des Protestants : « S’il est vray queNostre-Seigneur est le chef de l’Église, n’a-t-on point de hontede dire que le corps d’un chef si sainct et vénérable soit adultère(ou peut-être adultéré), prophané, corrompu? >- et Discours l :« Douter de la saincteté de l’Église, c’est une lourde erreur :l’Église de Nostre-Seigneur est saincte et le doit estre ; c’est unarticle de foy; le Sauveur s’est donné pour elle, afin de la sanc-tifier : C’est un peuple sainct, dit sainct Pierre ; l’Espoux estsainct, et l’Espouse saincte.... »