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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE DEUXIÈME.

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tant ceux qui reviennent du monde à Dieu que ce grandéclat des vérités qui brillent et qui plaisent à leurs espritsencore foibles, et les amusent ordinairement comme les senss’attachent à la beauté de leurs objets. Ce qui est encore plusvrai , lorsqu’un homme de bien et éloquent les en entretient(Ceci va droit à M. d’Andilly). »

M. Singlin lui-même, commis durant la prison deM. de Saint-Cyran à suivre de plus près madame deGuemené quand elle venait à Port-Royal, ne faisaitaucune avance pour cela, et ne se présentait à elle quesi elle le demandait expressément. Elle s’en montramême un peu mortifiée un jour, se plaignant de venirde si loin sans avoir au moins l’avantage de voir celuiqui la conduisait. Mais M. Singlin suivait l’exactemaxime de son maître : prévenir les petits et se retirerdes grands 1 .

Si les puissants du monde n’obtenaient pas plus decomplaisance singulière de M. de Saint-Cyran quandils avaient hâte de se ranger à sa conduite, ils enavaient bon marché encore moins dès qu’ils prenaientl’air de menacer. C’est là un trait de son caractère quis’est imprimé par lui à tout Port-Royal, et qui distin-gue les esprits de ce bord d’entre les autres du sièclepour une mâle indépendance. N’avoir aucun goût, au-cune crainte, ni surtout aucun faux ménagement des

1. On aura occasion dans la suite de nommer plus d’une foisencore madame de Guemené. Son second fils, le chevalier deRohan, exécuté à Paris en 1674, pour crime de haute trahison,avait étudié quelque temps à Port-Royal. Entre ses anciensamants et ce fils également décapités, la princesse de Guemené,aux destinées jusqu’à la fin ensanglantées et légères, n’a riend’ailleurs en elle qui puisse nous toucher, comme madame deLongueville le fera. Il ne suffit pas d’un beau cadre d’existenceromanesque et tragique qui se suspend au cloître un moment :il faut que l’àme le remplisse.