Buch 
Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
Entstehung
JPEG-Download
 

LIVRE DEUXIÈME.. 383

suscitait, et avait embrassé le silence devant les hommespour parler plus purement des choses célestes 1 .

Mais au quatrième siècle pas plus qu’au dix-septième,pas plus que si c’était de nos jours, de telles actions neparaissent simples et ne se font. accepter du bon sensordinaire. J’insiste là-dessus; on croit trop à l’uniformitéchrétienne de certains âges. Non, au dix-septième sièclepas plus qu’aujourd’hui, lagrande action de M. Le Maîtrene dut être comprise ni sembler possible ; elle parut (pourdire le mot) une folie. C’est là le sceau que porte au frontl’héroïsme chrétien dans tous les temps ; et ceci, en nousmontrant que le passé n’est pas ce qu’on se figure, que cequi s’y est fait de grand et de saint s’y est fait toujoursmalgré le siècle, au scandale du siècle et sous son injure,en nous obligeant par là même à beaucoup rabattre del’idée des temps passés, doit nous rassure? plutôt sur lenôtre, qui n’est peut-être pas pire, et qui, en fait d’en-thousiasme encore fécond (je veux l’espérer), méprise ousimplement ignore ce qu’il enferme. Ausone et biend’autres gens d’esprit jugeaient saint Paulin et SulpiceSévère un peu atteints de vision 2 : M. le Chancelier crut

1. « Piscatorum prædicationes Tullianis omnibus et tuis litterisprætulisti... Mutescere voluisti, ut ore puro divina loquereris.... »I1faut lire toute cette cinquième Épître de Paulin à son frère Sévère,dans laquelle celui-ci est préféré à la reine de Saba; il faut liresurtout dans Y Histoire littéraire de M. Ampère, liv. I, les deux in-téressants chapitres vu et vm sur ces deux saints amis : les vraisprécédents de notre sujet sont là.

2. Sévère, ému de la rumeur publique, avait même eu l’idéed’un compte rendu de ses motifs, et il y travaillait; mais son amil’en détourna (Lettre première de Paulin à Sévère). M. Singlin crutégalement devoir publier un petit écrit apologétique des motifs deM. Le Maître, et M. de Saint-Cyran ne le trouva pas mauvais; ils’agissait tout autant par là de tranquilliser le nouveau converti quede persuader les honnêtes gens moqueurs. Ceux-ci disaient: «Est-cequ’il n’y avoit pas un parti à prendre plus simple et moins singulier ?Si on vouloit quitter le Palais, falloit-il pour cela s’aller cacherdans un trou? Ne pouvoit-on pas se tenir retiré chez soi et édifier