PORT-ROYAL.
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seulement, dans le petit logis que leur mère leur avaitfait bâtir :
« Ces Messieurs eurent tant de bonté pour moi, qu’encorequ’ils ne vissent personne du monde, ils prièrent M. de Saint-Cyran de me faire monter chez eux. On m’y conduisit donc,mais sans que je susse où j’allois. Gomme j’entrai et que jevis des personnes si modestes, et qui me reçurent avec unesi grande effusion de joie, je me doutai de quelque chose,voyant bien qu’il y avoit là un certain air de charité tout àfait extraordinaire. Aussitôt M. de Saint-Cyran me prit etme mena à la ruelle d’un lit assez pauvre sur lequel il me fitasseoir auprès de lui pour me parler.... Je vis de même quetout le reste des meubles ne consistoit qu’en quelques livreset quelques chaises de paille ; et je me confirmai dans cettepensée que j’étois sans doute dans la chambre de celui queje souhaitois tant de pouvoir trouver. Je le dis à M. deSaint-Cyran, qui me l’avoua et me promit de me recevoir,ajoutant néanmoins que j’attendisse encore trois jours poursavoir s’il me mettroit chez lui, ou à Port-Royal avec cesMessieurs.
« Je descendis avec lui, et, étant dans la cour, il me ditqu’encore qu’il eût quelque réputation d’être savant, il nefalloii pas que je vinsse à lui dans la pensée d’acquérir de lascience, et que peut-être il ne me feroit point étudier. Puisil ajouta : « Voyez saint Hilaire, dont on faisoit hier la fête;« c’étoit le plus habile homme de son temps, et cependant il« n’a pas fait un savant de saint Martin *. »
« Ces trois jours étant passés, je revins trouver M. deSaint-Cyran, et j’eus parole positive qu’il me mettroit à
1. Ceci se rapporte à d’autres pensées de lui, et qu’il a éner-giquement exprimées : oc II n’y a rien que je haïsse davantageque les rechercheurs de la vérité, lorsqu’ils ne sont pas vraimentà Dieu et que son seul amour ne les conduit pas dans la recher-che... ; ces hommes qui n’ont qu’un grand appétit de savoir et dedécouvrir des terres nouvelles, et dont il faut dire mieux que desriches du monde : Qui volunt divites fieri, incidunt in multadesideria. » (Lettres chrétiennes et spirituelles de messire Jean•Du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui n’ont pointeneore été imprimées jusqu’à présent, 1744, p. 514.)