Buch 
Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
Entstehung
JPEG-Download
 

LIVRE TROISIÈME.

57

antres libraires de Port-Royal, Petit et I'esprez, furentavertis à temps pour prendre leurs précautions; on mitles scellés à leur imprimerie. Mais, le lendemain , undes garçons de Petit 1 alla trouver le Premier Présidentde Bellièvre avec la seconde Provinciale toute fraîche,voulant lui prouver par là qu’on n’avait pu l’imprimerchez Petit où il y avait le scellé. Le Président de Bel-lièvre, qui d’ailleurs était bien intentionné, se laissaconvaincre et fit lever le scellé, enchanté de plus d’avoirpar l’occasion les prémices de la seconde Lettre. Il sefaisait apporter exactement toutes les suivantes , dèsqu’elles paraissaient, et s’en régalait à plaisir. Pascal,par manière de remercîment, a trouvé moyen de le citeravec éloge dans la huitième 2 . Le fait est pourtant que

engagea tous les amis à s’intéresser pour sa liberté, et à offrir leursprières à Dieu pour sa délivrance. » Au reste, malgré le mauvaisvouloir des ennemis, les libraires de Port-Royal ne s’y ruinèrentpas : et ce fut au contraire un grand triomphe lorsqu’un anou deux après Cramoisi, libraire des Jésuites, fit banqueroutepour plus de trois cent mille livres. — Le fidèle Savreux mériteraitune plus ample mention: il fut mis trois fois dans sa vie à la Bas-tille, pour la bonne cause. Neuf ou dix mois après sa dernière sortie,comme il se rendait en visite à Port-Royal desChamps, le 21 septembre1669, le carrosse où il était avec trois Pères de l’Oratoire versa àla montée de Jouy ; il se démit les vertèbres du cou et mourutle lendemain à Port-Royal, où on l’avait transporté. Sa veuve,femme forte, l’estima heureux d’être venu mourir en ce monastèreoù elle eût désiré elle-même se retirer. Elle dut céder pourtant àdes conseils qui la retinrent et continuer de vaquer aux affaires deson commerce. Elle légua par son testament à la Maison des Champstout le bien dont elle put disposer. Le mari, s’il avait vécu, avaitdessein de donner ou, comme il disait, de rendre la totalité de sonbien à ceux qui avaient le plus contribué à le lui faire acquérir.

1. L’histoire a conservé son nom, il s’appelait Margotin. Honneurdans ce bulletin de victoire à tout le monde !

2- Le président de Bellièvre mourut l’année suivante (mars 1657) :« C’étoit un homme volûptueux, sanguin, pléthorique, qui haïssoitla saignée, dit Gui Patin ;... il étoit excellent homme dans sa charge;»un de ces honnêtes gens selon le monde, comme on disait à Port-Royal, mais qui ne passeraient pas devant Dieu. Les Jansénistes,