LIVRE TROISIÈME.
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frépète; mais je me hâte d’ajouter que je ne fais pas dece changement matière à accusation. Voici comme j’en-tends le tout et comme je l’explique :
Pascal, encore nouveau à Port-Royal, excité par l’af-faire d’Arnauld, par le danger de ses amis et le triom-phe insolent des persécuteurs, s’engagea d’occasion dansles Provinciales où, tout d’abord et au courant de laplume, il eut tout à créer, son style, sa façon, sa connais-sance théologique, son érudition qu’il n’avait jamais tour-née en ce sens 1 ; il réussit du premier coup, il alla au but ;l’ardeur, le besoin du succès, le train de la plume, l’ap-plaudissement des amis le guidèrent ; il fit flèche de toutbois en ce moment pressant. Plus tard, après quatre an-nées de solitude, de prière, de lecture assidue de J’Ecri-ture, de préparation à son grand ouvrage apologétique,la persécution recommençant, il était autre, et son gé-nie, encore aiguisé d’intérieure vertu, pénétrait à fondla question. Il ne s’arrêtait pas, comme l’éternel Ar-nauld, dans les ambages logiques et dialectiques. Il vit ànu ce qui était, il vit qu’on avait faibli, biaisé, usé detactique, là où il eût fallu dire non en face. Sa sublimesœur, religieuse à Port-Royal, en mourant victime deson pur amour pour la vérité (octobre 1661), lui en-fonça, on peut le croire, un dernier trait, un regretd’avoir visé à l’accommodemeitt humain. Il ne se repen-tit pas des Provinciales, il ne les rétracta pas ; on a saréponse là-dessus : « On m’a demandé si je ne me re-
1. M. d’Êtemare, l’un des Jansénistes les plus considérables dudix-huitième siècle, aimait à raconter qu’un jour Pascal et le PèreThomassin de l’Oratoire conférèrent pendant deux heures ; et ausortir de là le Père Thomassin disait: « Voilà un jeune homme quia bien de l’esprit, mais qui est bien ignorant. » — Et Pascal,une fois le dos tourné, se prit à dire : « Voilà un bonhomme quiest terriblement savant, maie qui n’a guère d’esprit. » — Le PèreThomassin se trouvait en effet à la maison de Saint-Magloire à cetteépoque des Provinciales.