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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE TROISIÈME.

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. libraire qui étoient prisonniers dans la Bastille. Ce magistratlui témoigna être fort animé là-dessus; et, après lui avoirdit qu’ils dévoient bientôt juger le libraire, il ajouta qu’ilsavoient enfin découvert le chef de tous les Jansénistes; quec’étoit un nommé Saint-Gilles qui avoit fait tous les impri-més ‘ ; qu’il y avoit quatre témoins contre lui (entendant parlà Langlois 1 2 , sa femme, son frère et son fils), sur la déposi-tion desquels ils lui alloient faire son procès; qu’il étoit enfuite, mais qu’ils le feroient trompeter par les rues à troisbriefs jours , et puis pendre en effigie devant la porte dePort-Royal.

a M. de Coutances lui ayant demandé s’il connoissoit ceSaint-Gilles, il dit que non. a Je le vois bien, dit cet évêque ;mais je le connois, moi : c’est un gentilhomme de fort bonnemaison, et qui est mon ami. Je vous prie, n’allez pas svite. Que disent les témoins? » M. le Lieutenant civil répli-qua qu’ils déposoient qu’il avoit fait imprimer toutes lespièces des Jansénistes, les Provinciales 3 4 , et la Lettre de l’A-vocat contre laquelle M. le Nonce étoit si animé*. M. deCoutances lui ayant demandé s’il n'y avoit rien des pièces ducardinal de Retz , et l’autre lui ayant dit que non, l’évêque luidit : <r De quoi vous mettez-vous donc en peine ? Sachezque tout le reste n’est à M. le Cardinal (Mazarin) qu’une ba-gatelle, et qu’il ne s’en soucie pas. Vous ne lui en ferez

1. M. de Saint-Gilles était en effet reconnu pour le correcteuren chef des épreuves et le prote par excellence de Port-Royal ;bien des années après, dans une lettre adressée à Nicole, M. dePontchâteau écrivait en plaisantant : « Comme j’ai un peu [suc-cédé à M. de Saint-Gilles dans son royaume des points et virgules ,j’exerce ma principauté. Je trouve trop de petites minuties dansl’errata, etc. »

■>. Libraire.

3. Nous savons, de l’aveu même de Saint-Gilles, que c’est parfai-tement exact.

4. Cette pièce, qui mettait le Nonce en émoi, se trouve dansquelques éditions des Provinciales, à la suite, et comme formant ladix-neuvième Lettre. Le titre primitif était : Lettre d'un Avocat auParlement à un de ses amis touchant l’Inquisition qu’on veut éta-blir en France, à l’occasion de la nouvelle Bulle du PapeAlexandre VII ; elle porte la date du 1 er juin 1657. On l’a attri-buée à divers auteurs : il paraît bien qu’elle est de M. Le Maître.