LIVRE TROISIÈME.
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« beaucoup feuilleté leurs livres, à commencer par le« pauvre Royawnont qui fatigua si fort mon enfance,« et dont l’Épître dédicatoire est un des monuments« de platitude les plus exquis qui existent dans aucune« langue... » Pauvre Fontaine, lui aussi qui ne s’yattendait guère, le voilà passé au fil de l’épée 1 !Excité par son propre entrain, le grand exterminateurne s’arrête que quand il ne voit plus un seul ennemidebout :
« Non-seulement les talents furent médiocres à Port-Royal, mais le cercle de ces talents fut extrêmement res-treint, non-seulement dans les sciences proprement dites,mais encore dans ce genre de connoissances qui se rappor-toient le plus particulièrement à leur état 2 . On ne trouveparmi eux que des grammairiens, des biographes, des tra-ducteurs , des polémiques éternels, etc. ; du reste, pas un
1. Et remarquez comme ici tout est injuste. D’abord de Maistre,qui prétend retrouver un déguisement de l’orgueil sous la modestiedes anonymes et pseudonymes en usage parmi les écrivains dePort-Royal, serait bien embarrassé en ce qui regarde Fontaine.Cet homme, si véritablement humble, n’a été connu comme l’au-teur des Figures delà Bible, publiées sous le nom de Royaumont,que parce que le Registre mortuaire de sa paroisse l’a désignécomme tel; on avait jusque-là attribué généralement cet ouvage àM. de Saci. Quant à l’Epître dédicatoire à Monseigneur le Dauphin(1669), qui paraît si plate à de Maistre, elle n’a rien qui la distinguedes autres pièces de ce genre ; j’y note même cette phrase sur l’usagequi est à faire des livres divins : « Ce qu’on en peut dire en générala est renfermé dans des bornes trop étroites pour répondre à la« sagesse de Dieu, qui est infinie; et ce qui est plus proportionné« à votre intelligence et à votre instruction, Monseigneur, se doita réserver à la haute prudence et lumière de celui qui tra-'i vaille, etc. (M. de Montausier). » Et ailleurs : « Si les Princes« sont comme les dieux de la terre, ils ne sont néanmoins que terre« et poudre devant Dieu. » Pour moi, j’avoue que le pauvreRoyaumont n’a pas plus ennuyé mon enfance que ne l’a fait le bonRollin ; tous les deux l’ont charmée.
2. L’expression et l’idée sont inexactes. Messieurs de Port-Royaln’avaient point d’état ni de profession autre que d’être chrétiens etpénitents.