LIVRE TROISIÈME.
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« La pauvreté, quand elle est bien pratiquée, n’est pasune petite austérité, non-seulement pour le corps, maisaussi pour l’esprit, parce qu’il n’y a rien qui humilie davan-tage. Par exemple, quand on est malade et qu’on se consi-dère comme pauvre, on voit que rien ne nous est dû, quec’est par pure charité qu’on nous assiste et qu’on nous sert :cela nous oblige de tout recevoir avec actions de grâces,quoique les choses ne soient pas comme nous les voudrions,et d’en avoir de la reconnoissance (à la personne qui noussert), quoiqu’elle nous serve mal.... Y a-t-il rien qui soitplus austère et qui porte plus à l’humilité? Cela fait enragerla nature. »
La mère Angélique parlait ainsi en termes dignes dePascal *, et Pascal pensait exactement comme la grandeabbesse. Lui pourtant, qui était servi mieux qu’il n’au-rait voulu, et qui sentait la tendresse des siens dansleur assistance, ne se trouvait jamais assez pauvre,même étant malade, et il se plaignait, malgré ses maux,que la nature en lui ne pâtît point assez encore ; il nesavait en un mot qu’inventer pour mortifier cette na-ture, pour la faire enrager encore davantage. — Maiscet homme avec tout son esprit est hors de sens, va-t-on penser malgré soi; mais c’est lui que Montaigneavait justement en vue, quand il a dit : « D’anticiper« aussi les accidents de fortune; se priver des com-« moditez qui nous sont en main, comme plusieurs« ont faict par dévotion, et quelques philosophes par« discours; se servir soy-mesme,coucher sur la dure,...« rechercher la douleur,... c’est l’action d’une vertu« excessive 1 2 . » Revenons donc un moment à la soli—
1. Voir les Entretiens ou Confèrences de la Mère Angélique (unvol., 1757), pages 392, 407. On trouve à la suite les Pensées édi-fiantes de la Sœur Sainte-Eupliémie, dont M. Faugère a donné ré-cemment un texte plus correct.
2. Et dans cet autre chapitre où il a l'air de parler des Turcsquand il pense aux Chrétiens : a Nous ne sommes ingénieux qu’à