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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE TROISIÈME.

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dans, mais leur vie s'écoule avec ces larmes profondes! »Et n'est-ce pas ainsi que lui-même est mort commeeux 1 2 ?

Disons-nous bien que nous sommes ici devant le beaumoral et intime de notre sujet, dans sa plus sublimeexpression : l’évanouissement de Pascal, la mort de sasœur! Il y a le beau moral sous la forme antique, jel’ai déjà indiqué, la mort d’Épaminondas au sein de lavictoire, et son âme triomphante qui jaillit de sa bles-sure avec son sang. Donnez à apprendre aux enfantsl’Hymne d’Aristote à la Vertu, l’Hymne de Cléanthe, lesvers de Simonide sur les Thermopyles : cela ne ferapas des Chrétiens, mais cela fera des hommes. Catonsortira de là, et, s’il le faut, arrachera avec ses mainsses entrailles. Voilà le beau moral sous sa forme hé-roïque, stoïque. Quant au beau moral chrétien, intérieur,tout rentré et tout voilé, nous le surprenons ici dans sonessence la plus pure. Port-Royal désormais ne nous enoffrira point d’exemple plus accompli.

Celte dissidence de Pascal avec ses amis est plus gravequ’on ne l’a dit, et que ceux qui y assistaient ne l’ontsenti eux-mêmes. Avec lui monte et s’échappe le derniergrand éclair de l’esprit de Saint-Cyran. Cet esprit neluira plus dorénavant qu’à travers des ombres. Arnauldle combinera, le mêlera sans cesse avec des choses toutescontraires, avec l’esprit de Descartes, par exemple, ouencore avec l’esprit des Stoïciens. Il y a telle lettre delui* où il se prend à citer avec admiration le præteratrocem animum Catonis : lui-même il avait quelquechose de cette âme. C’est bien; c’est une noble et géné-reuse inconséquence dans un Chrétien, mais entin une

1. Voir sur la mort de M. Vinet mon volume des Derniers Por-traits littéraires, 1852, pages 489-491.

2. Lettre du 28 mai 1682.