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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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PORT-ROYAL.

ses sentiments jansénistes. Pour couper court à toutechicane et à toute demande de changement, Desprez sehâta, sur le conseil d’Arnauld, de mettre seconde éditionà celle qui se débitait, et qui n’était encore que la pre-mière 1 . Au reste, l’heure était favorable, et l’oraged’aucun côté ne grondait plus. Cette publication desPensées inaugurait bien pour Port-Royal une périodedernière de plénitude et de gloire; elle apportait unebelle part à cette merveilleuse époque, encore jeune etdéjà mûre, delà grandeur de Louis XIY. A cette datede 1670, le public possédait de Molière le Misanthropeet le Tartufe ; le poète n’avait plus, pour s’égaler lui-même encore une fois avant de mourir, qu’à donnerles Femmes savantes. -Bossuet nommé évêque, et toutéclatant de l’Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre,reparaissait plus touchant dans celle de Madame.Bourdaloue, tout nouveau, remplissait la ville de ses Ser-mons. Racine se délassait par Bérénice entre Brilannicuset Bajazet. Boileau, qui avait fait presque toutes ses Sa-tires, abordait l’Epître, où il est supérieur, et préparaitY Art poétique , le code d’autant plus sage de ce sièclequ’il n’en avait pas devancé les chefs-d’œuvre. On avaitles premières Fables de La Fontaine ; on avait lesMaximes de La Rochefoucauld.

L’admiration qu’excitèrent les Pensées fut prompte etunanime. On en peut lire les témoignages dans unequantité de lettres adressées à la famille Périer. Ceuxmême qui étaient le plus prévenus en faveur du géniede Pascal y trouvaient leur attente surpassée. M. deTilleinont écrivait à M. Périer fils :

« Vous savez qu’il y a bien des années que je fais profes-sion d’honorer ou plutôt d’admirer les dons tout extraordi-• naires de la nature et de la Grâce qui paroissoient en feu

1. Lettre d’Arnauld à M. Périerq d'u 23 mars 1670.