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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE TROISIÈME. 431

du vrai, comme quand il a eu directement affaire àl’amour-propre. Dans cette considération de l’hommeaux prises avec la coutume, il semble se complaire à lelaisser aller seul, à le voir trébucher devant lui, commeun enfant noble de Lacédémone verrait l’ilote ivre faireses ivresses en public, sans le retenir. Il y a une hauteironie dans cette tranquillité de Pascal durant tout cechapitre.

Et qui aurait entendu Pascal à ce moment de son dis-cours aurait certes été frappé de l’accent singulier et deje ne sais quel rire silencieux et imprévu sur ces lèvresdu pénitent : « Mon ami, vous êtes né de ce côté de lamontagne : il est donc juste que votre aîné ait tout. » —« Pourquoi me tuez-vous? — Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau?... » L’auteur des Pro-vinciales aurait peu à faire pour reparaître ici, maisarmé de pointes encore plus sanglantes. Rencontrantpartout l’homme sous un personnage d’emprunt et sousla bizarrerie de la coutume, il devait être tenté de le se-couer avec le rire le plus âcre de Molière. « L’hommeest ainsi fait, qu’à force de lui dire qu’il est un sot, il lecroit; et à fqrce de se le dire à soi-même, on se le faitcroire. »

A entendre Pascal parler de la force, de l’empire dufait, on est effrayé de la netteté de sa décision :

« Les seules règles universelles sont les lois du pays auxchoses ordinaires, et la pluralité aux autres. D’où vient cela?de la force qui y est.

« La concupiscence et la force sont la source de toutes nosactions : la concupiscence fait les volontaires ; la force, lesinvolontaires. »

Par concupiscence entendez le désir égoïste , et vousavez la doctrine de Hobbes et celle de plus grands quelui, des plus puissants d’entre ceux qui ont tenu dans