LIVRE TROISIÈME.- 433
^humanité mobile, un instant de libre et perçant exa-men:
« L’art de fronder et bouleverser les États est d’ébranlerles coutumes établies, en sondant jusque dans leur sourcepour marquer leur défaut de justice. Il faut, dit-on, recouriraux lois fondamentales et primitives de l’État, qu’une cou-tume injuste a abolies : c’est un jeu sûr pour tout perdre ;rien ne sera juste à cette balance. Cependant le peuple prêteaisément l’oreille à ces discours. Il secoue le joug dès qu’il •le reconnolt; et les Grands en profitent à sa ruine et à cellede ces curieux examinateurs des coutumes reçues.... »
Dans ces paroles et dans celles qu’on peut lire tout àcôté, on tient la politique de Pascal; elle se rapporte àcelle de Machiavel, prise au meilleur sens : c’est la po-litique la plus dépouillée du lieu commun. Que Pascalen son temps, comme Montaigne dans le sien, ait étéroyaliste, .et qu’il l’ait été par souci même de l’intérêt dupeuple et par mépris de l’ambition dépravée des Grands,il n’y a pas de quoi étonner. Mais il va plus loin queMontaigne 1 ; il découvre et marque sans hésiter, et avecune hardiesse qui de tout temps a été donnée à bien peude philosophes, le fondement même de l’édifice social,tel que ce fondement a été constitué durant des sièclesdepuis l’origine, et tel qu’on se flatte de l’avoir totale-ment renversé et retourné de nos jours. Aujourd’hui laprétention est de tout refaire par raison. Pascal montreavant tout le fait, qui se recouvre ensuite de droit commeil peut, et qui, une fois recouvert, devient justementrespectable. Là même où la pluralité lui paraît lameilleure voie, c’est, dit-il, « parce qu’elle est visible etqu’elle a la force pour se faire obéir : cependant c'est l'a-vis des moins habiles. »
1. Se rappeler la pensée qui commence ainsi: «Montaigne atort : la coutume, etc. »
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