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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE TROISIÈME.

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salut, la Religion : celle-ci. se lève enfin, et, sans senommer encore, elle se déclare en esprit par ces paro-les 1 :

« C’est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères. Toutes vos lumières nepeuvent arriver qu’à connoitre que ce n’est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philo-sophes vous l’ont promis, et ils n’ont pu le faire. Ils ne saventni quel est votre véritable bien, ni quel est votre véritableétat. Comment auroient-ils donné des remèdes à vos maux,puisqu’ils ne les ont pas seulement connus? Vos maladiesprincipales sont l’orgueil qui vous soustrait de Dieu, la con-cupiscence qui vous attache à la terre ; et ils n’ont fait autrechose qu’entretenir au moins l’une de ces maladies. S’ils vousont donné Dieu pour objet, ce n’a été que pour exercervotre superbe ; ils vous ont fait penser que vous lui étiezsemblables et conformes par votre nature. Et ceux qui ontvu la vanité de cette prétention vous ont jetés dans l’autreprécipice, en vous faisant entendre que votre nature étoitpareille à celle des bêtes, et vous ont portés à chercher votrebien dans les concupiscences, qui sont le partage des ani-maux. — Ce n’est pas là le moyen de vous guérir de vos in-justices, que ces sages n’ont point connues. Je puis seulevous faire entendre ce que vous êtes.... »

C’est la Religion qui parle en effet; mais quelle reli-gion ? L’homme, à cette voix dont l’accent le ranime, seremet donc à parcourir l’Univers, cherchant quellereligion est la vraie, comme il avait déjà fait pour les

1. Dans l’édition nouvelle des Pensées, on lit au titre de ce mor-ceau : A Port-Royal. Pour demain. Prosopopée. M. Faugère con-jecture, non sans quelque vraisemblance, que ce morceau, et unou deux autres encore qui portent la même indication en tête (àPort-Royal), pourraient bien avoir été écrits en vue de l’Entre-tien même que Pascal devait avoir sur son plan d’ouvrage, et oùil se montra si éloquent. Comme Démosthène et comme les vraismaîtres de la parole, Pascal n’improvisait jamais mieux que quandil avait à l’avance quelques points écrits.