LIVRE TROISIÈME. 447
été une première clef, et n’aient fait sortir plusieurs dessiennes.
Quand Pascal interprète les Prophéties et lève lessceaux du Vieux-Testament, quand il explique le rôledes Apôtres parmi les Gentils, et l’économie merveil-leuse des desseins de Dieu, il devance visiblement Bos-suet, le Bossuet de l’Histoire universelle; il ouvre biendes perspectives que l’autre parcourra et remplira. —On raconte que Bossuet étant allé voir un jour M. DuGuet, dans la compagnie de l’abbé de Fleuri (de celuiqui fut depuis évêque de Fréjus et cardinal-ministre),l’entretien roula longuement et tristement sur les mauxsans nombre et les scandales de tout genre dont l’Egliseétait inondée. « Tous deux (Bossuet et le sage Du Guet)suivirent cette longue chaîne d’iniquités qui se formedepuis tant de siècles; ils jetèrent les yeux sur l’état dela Beligion dans les différentes parties du monde, et re-passèrent les divers jugements que Dieu avait exercéssur son peuple : — Quel remède donc, demandoit Bos-suet, quelle issue,quelle ressource?—Alors M.Du Guetdit : Monseigneur, il nous faut un nouveau peuple. >\Etil se mit à développer le plan des Écritures, conformé-ment au chapitre XI e de l’Épître de saint Paul aux Ro-mains. Bossuet, usant des ouvertures de Du Guet, et yentrant à son tour avec génie, avec discrétion, les mit enœuvre au cœur même de son Discours sur l'Histoire uni-verselle 1 . Bossuet, d’après l’Apôtre, nous y montre, à lavenue du Messie, les Gentils substitués aux Juifs, l'oli-vier sauvage enté sur le franc olivier, afin de participerà sa bonne sève, les Juifs destinés pourtant à être réinté-grés un jour, et la Grâce, comme un sceptre mystique,qui passe de peuple en peuple, pour tenir tous les peuples
1. Au titre VIII, seconde partie, de l’édition de 1681; ce qui estdevenu le chapitre XX des éditions ordinaires.