490
PORT-ROYAL.
nant garde par le silence de ne point dire plus de chosesqu’ils ne pourroient en porter. Ainsi il me donnoit pour de-vise ces deux paroles, Patience et Silence, et les paroles deDavid : Adhæreat lingua mea faucibus meis ; désirant queles paroles me tarissent plutôt dans la bouche, que d’enavoir quelqu’une qui pût blesser ces enfants; qu’ainsi je de-vois toujours parler avec une grande circonspection et avecune grande charité, pour ne leur donner aucun mécontente-ment; que surtout je devois prendre garde que mes préven-tions, mes impatiences et mes passions ne tinssent lieu del’onction du Saint-Esprit que je devois tâcher d’attirer sureux. Quand il y avoit quelque bien dans quelqu’un de cesenfants, il me conseilloit toujours de n’en point parler, etd’étouffer cela dans le secret : « Si Dieu y a mis quelque<r bien, disoit-il, il l’en faut louer, et garder le silence, se« contentant de lui en rendre dans le fond du cœur sa recou-se noissance »
Nous voyons déjà tout l’esprit. Ges Écoles étaient lameilleure réponse à ceux qui reprochaient à Port-Royalde mener à une sorte de fatalisme par la doctrine de laGrâce. Plus l’homme est faible, plus il y a raison de l’ar-mer, même quand cette armure devrait être nulle sansla consécration de Dieu. C’est à l’homme de tout faire;c’est à Dieu ensuite de voir.
Cette vue des enfants, si divers entre eux, mêmequand ils sortent d’un même sang et qu’ils suivent uneéducation pareille, était Lien propre d’ailleurs à confir-mer nos Augustiniens dans leur doctrine. Fontaine, par-lant de madame Le Maître, dont tous les enfants n’é-taient pas également saints, et qui voyait MM. deSaint-Elme et de Yallemont si loin en arrière de leurssaints frères Le Maître et Saci, s’écrie encore :
« Combien de fois a-t-elle tremblé en voyant de ses yeux
1. Si l’on trouve ce texte un peu different de celui des éditions,c’est que je me conforme au manuscrit.