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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE I. 11

El cel honneur suivra mou trépas volontaire,

Que tout autre que moi n’eût pu vous satisfaire 1 .

CHIMÈNE.

Puisque, pour t’empécher de courir au trépas,

Ta vie et ton honneur sont de foibles appas,

Si jamais je t’aimai, cher Rodrigue, en revanche,I)é,fcnds-toi maintenant pour m’ôter à don Sanche ;

Combats pour m'affranchir d’une conditionQui me donne à l’objet de mon aversion.

Te dirai-je encore plus? va, songe à ta défense,

Pour forcer mon devoir, pour m’imposer silence;

Et, si tu sens pour moi ton cœur encore épris,

Sors vainqueur d’un combat dont Cliimène est le prix 2 .Adieu : ce mot lâché me fait rougir de honte.

D. RODRIGUE, seul.

Est-il quelque ennemi qu’à présent je ne dompte?Paroisses, Navarrois, Maures et Castillans 3 ,

Et tout ce que l’Espagne a nourri de vaillants;

Unissez-vous ensemble, et faites une armée,

Pour combattre une main de la sorte animée :

Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ;

Pour en venir à bout c’est trop peu que de vous.

i Cette réponse de Rodrigue parait aussi alambiquée et allongée :cette dispute sur un sentiment très peu naturel a quelque chose desconversations de l’hôtel Rambouillet, où l’on quintessenciait des idéessophistiquées. (V.)

^ Sors vainqueur d’un combat dont Ciihnène est le prix,est repris par Scudéri. C’est peut-être le plus beau vers de la pièce,et il obtient grâce pour tous les sentiments un peu hors de la naturequ’on trouve dans cette scène, traitée d’ailleurs avec une grande su-périorité de génie.

Comment, après ce beau vers, peut-on ramener encore sur la scènenotre pitoyable infante 1 (Y.)

Je ne sais pourquoi on supprime ce morceau dans les représenta-tions. Paroissez, Navarrois, était passé en proverbe ; et c’est pourcc'la même qu’il faut réciter ces vers. Cet enthousiasme de valeur etd'espérance messied-il au Cid. encouragé par sa maîtressol (V.)

Ajoutez que ces vers étoient parfaitement dans les mœurs espa-gnoles du temps, et que personne n’a porté plus loin que Corneille cemérite de peindre fidèlement les mo?urs des nations qu’il met enscène. (P.)