ACTE V, SCÈNE V.
83
SCÈNE V 1 .
D. SANCHE, CH1MÈNE, ELVIR1Ï.
D. SANCHE.
Obligé d'apporter à vos pieds cette épée...
CHIHÈXE.
Quoi! du sang de Rodrigue encor toute trempée!
Perfide, oses-tu bien te montrer à mes yeux,
Après m’avoir ôté ce que j’aimois le mieux ?
Éclate, mon amour, tu n’as plus rien à craindre;
Mon père est satisfait, cesse de te contraindre; i
Un même coup a mis ma gloire en sûreté,
Mon aine au désespoir, ma flamme en liberté.
D. SANCHE.
D’un esprit plus rassis...
Tu me parles encore,Exécrable assassin d’un héros (pie j’adore!
Va, tu l’as pris en traître; un guerrier si vaillant.N’eût jamais succombé sous un tel assaillant.
N’espère rien de moi, tu ne m’as point servie;
En croyant me venger, lu m'as ôté la vie.
D. SANCHE.
Étrange impression, qui, loin de m’écouter...
CHl MÈNE.
Veux-tu que de sa mort je t’écoute vanter,
Que j’entende à loisir avec quelle insolenceTu peindras son malheur, mon crime et ta vaillance?
1 L’Académie a condamné cette scène, et on peut voir les raisons*qu’etle en rapporte ; mais il n’y a point de lecteur sensé qui ne pre-vienne ce jugement, et qui ne voie qu’il n'est pas naturel que l'erreurde Chimèue dure, si longtemps. Ce qui n’est pas dans la nature nepeut toucher. Ce vain artifice affaiblit l’intérêt qu’on pourrait prendreà la scène suivante. Il ne reste que l’impression que Chimène a faitependant toute la pièce : cette impression est si forte, qu’elle remueencore les cœurs, malgré toutes ces fautes. (V.)