104 ÉPITRE.
étude pour les acquérir que d’attacher nos yeux surVotre Éminence quand elle honore de sa présence et deson attention le récit de nos poèmes. C’est là que, lisantsur son visage ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas,nous nous instruisons avec certitude de ce qui est honet de ce qui est mauvais, et tirons des règles infailliblesde ce qu’il faut suivre et de ce qu’il faut éviter; c’estlà que j’ai souvent appris en deux heures ce que meslivres n’eussent pu m’apprendre en dix ans ; c’est làque j’ai puisé ce qui m’a valu l’applaudissement dupublic ; et c’est là qu’avec votre faveur j’espère puiserassez pour être un jour une œuvre digne de vos mains.Ne trouvez donc pas mauvais, Monseigneur, que,pour vous remercier de ce que j’ai de réputation, dontje vous suis entièrement redevable, j’emprunte quatrevers d’un autre Horace que celui que je vous présente,et que je vous exprime par eux les plus véritables sen-timents de mon a'me :
Totum muneris hoc tui est,
Quod monstror digito prmtereuntium
Scenæ non levis artifex :
Quod spiro et placeo, si placeo, tuum est.
Je n’ajouterai qu’une vérité à celle-ci, en vous sup-pliant de croire que je suis et serai toute ma vie, trèspassionnément 1 ,
Monseigneur ,
DE VOTRE ÉMINENCE,
Le très humble, très obéissant, et trèsobligé serviteur,
CORNEILLE.
1 Cette expression passionnément montre combien tout dépend desusages. Je suis passionnément est aujourd’hui la formule dont les