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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HORACE.

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Beaucoup moins d’injustice, et bien plus de bonté.

Ne vous consolez point : contre tant d’infortune 1La pitié parle en vain, la raison importune.

Nous avons en nos mains la fin de nos douleurs,

Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs.

Nous pourrions aisément faire en votre présenceDe notre désespoir une fausse constance 2 ;

Mais quand on peut sans honte être sans fermeté,

L’affecter au dehors, c’est une lâcheté 3 ;

L’usage d’un tel art, nous le laissons aux hommes,

Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes.

Nous ne demandons point qu’un courage si fortS’abaisse à notre exemple à se plaindre du sort.

Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ;

Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes ;

Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs,

Gardez votre constance, et souffrez nos soupirs.

LE VIEIL HORACE.

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,

Je crois faire beaucoup de m’en pouvoir défendre,

Et céderois peut-être à de si rudes coups,

Si je prenois ici même intérêt que vous :

Non qu’Albe par son choix m’ait fait haïr vos frères,

Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;

Mais enfin l’amitié n’est pas du même rang,

Et n’a point les effets de l’amour ni du sang;

Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmenteSabine comme sœur, Camille comme amante :

Je puis les regarder comme nos ennemis,

Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.

Iis sont, grâces aux dieux, dignes de leur patrie ;

1 Trompé par un défaut de ponctuation. Voltaire, à qui le sens deces vers paroît avoir échappé, fait remarquer ici qu’on ne consolopoint contre le malheur, mais du malheur ; qu'on s’arme, qu’on scsoutient contre le malheur.

2 Faire une fausse constance de son désespoir est du phébus, dugalimatias : est-il possible que le mauvais se trouve ainsi presque tou-jours à côté du bon! (Y.'i

■8 Ces sentences et ces raisonnements sont bien mal placés dans unmoment si douloureux; c’est là le poète qui parle etqui raisonne. (Y.)