Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

194

EXAMEN D’HORACE.

qu’il en soit, voyons si celte action n’a pu causer la chute dece poëme que par là,, et si elle n’a point d’autre irrégularitéque de blesser les yeux.

Comme je n’ai point accoutumé de dissimuler mes défauts,j’en trouve ici deux ou trois assez considérables. Le premierest que cette action, qui devient la principale de la pièce, estmomentanée, et n’a point celte juste grandeur que lui de-mande Aristote, et qui consiste en un commencement, un mi-lieu, et une lin. Elle surprend tout d’un coup; et toute lupréparation que j’y ai donnée par la peinture de la vertu fa-rouche d’Horace, et par la défense qu’il fait à sa sœur deregretter qui que ce soit de lui ou de son amant qui meureau combat, n’est point suffisante pour faire altendreun em-portement si extraordinaire, et servir de commencement àcette action.

Le second défaut est que celle mort fait une action doublepur le second péril où tombe Horace après être sorti du pre-mier. L’unité de péril d’un héros dans la tragédie fait l’unitéd’action; et quand il en est garanti, la pièce est finie, si cen’est que la sortie même de ce péril l’engage si nécessaire-ment dans un autre, que la liaison et la continuité des.deuxn’en fasse qu’une action ; ce qui n’arrive point ici, où Horacerevient triomphant sans aucun besoin de tuer sa sœur, nimême de parler à elle ; et l’action seroit 'suffisamment ter-minée à sa victoire. Celte chute d’un péril en l’autre, sansnécessité, fait ici un effet d’autant plus mauvais, que d’unpéril public, où il y va de tout l’Etat, il tombe en unpéril par-ticulier, où il n’v va que de sa vie ; et, pour dire encore plus,d'un péril illustre, où il ne peut succomber que glorieuse-ment, en un péril infame, dont il ne peut sortir sans tache.Ajoutez, pour troisième imperfection, que Camille, qui nelient que le second rang dans les trois premiers actes, et ylaisse le premier à Sabine, prend le premier en ces deux der-niers, où celte Sabine n’est plus considérable; et qu’ainsi, s’ily a égalité dans les mœurs, il n’y en a point dans le dignitédes personnages, où se doit étendre ce précepte d’Horace :

ferretur ad imumQtaÜ6 ab incepto pr< ce . .erit, et sibi constat.