CINNA,
OU
LA CLÉMENCE D’AUGUSTE.
ACTE PREMIER.SCÈNE r.
ÉMILIE.
Impatients désirs d’une illustre vengeance 2Dont la mort de mon père a formé la naissance,
Enfants impétueux de mon ressentiment,
1 Plusieurs actrices ont supprimé ce monologue dans les représen-tations. Le public même paraissait souhaiter ce retranchement : on ytrouvait de l’amplification. Ceux qui fréquentent les spectacles di-saient qu’Emilie ne devait pas ainsi se parler à elle-même, se faire desobjections et y répondre; que c’était une déclamation de rhétorique:que les mêmes choses qui seraient très convenables quand on parle àsa confidente sont très déplacées quand on s’entretient toute seuleavec soi-même ; qu’enfin la longueur de ce monologue y jetait de lafroideur, et qu’on doit toujours supprimer ce qui n’est pas nécessaire.Cependant j’étais si touché des beautés répandues dans cette première«cène, que j’engageai l’actrice qui jouait Emilie à la remettre au théâ-tre; et elle fut très bien reçue. (V.)
2 Quand il se trouve des acteurs capables de jouer Cinna, on retran-che assez communément ce monologue. Le public a perdu le goût de cesdéclamations; celle-ci n’est pas nécessaire à la pièce : mais n’a-t-ellepas de grandes beautés! n’est-elle pas majestueuse, et même assez pas-sionnée! Boileau trouvait, dans ces impatients désirs , enfants duressentiment, embrassés par la. douleur , une espèce de famille : ilprétendait que les grands intérêts et les grandes passions s’exprimentplus naturellement : il trouvait que le poète paraît trop ici, et le per-sonnage trop peu. (V.)
I.
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