ACTE II, SCÈNE I. 257
Et vous allez tous deux en recevoir le prix.
Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile 1 ,
Allez donner mes lois à ce pays fertile :
Songez qne c’est pour moi que vous gouvernerez,
Et que je répondrai de ce que vous ferez.
Pour épouse, Cimia, je vous donne Emilie 2 ;
Vous savez qu’elle tient la place de Julie,
Et que si nos malheurs et la nécessitéM’ont fait traiter son père avec sévérité,
Mon épargne depuis en sa faveur ouverte 3Doit avoir adouci l’aigreur de cette perte.
Voyez-la de ma part, tâchez de la gagner :
Vous n’êtes point pour elle un homme à dédaigner;
De l’offre de vos vœux elle sera ravie'' 1 .
Adieu : j’en veux porter la nouvelle à Livie.
t Cela n’est pas dans l’histoire. En effet, c’eût été plutôt un exilqu’une récompense ; un proconsulat en Sicile est une punition pour unfavori qui veut rester à Rome et à la cour avec un grand crédit. (Y.)
2 Ceci est bien différent. Tout lecteur voit dans ce vers la perfec-tion de l’art. Auguste donne à Cinna sa fille adoptive, que Cinna veutobtenir par l’assassinat d’Auguste. Le mérite de ce vers ne peutéchapper à personne. (V.)
3 Épargne signifiait trésor royal, et la cassette du roi s’appelaitchatouille. Les mots changent ; mais, ce qui ne doit pas changer,c’est la noblesse des idées. Il est trop bas de faire dire à Auguste qu’ila donné de l’argent à Emilie ; et il est bien plus bas à Emilie de l’avoirreçu, et de conspirer contre Iui. (V.)
4 En général, cette scène est. d’un genre dont il n’y avait aucunexemple chez les anciens ni chez les modernes : détachez-la de lapièce, c’est un chef-d’œuvre d’éloquence ; incorporée à la pièce, c’estun chef-d’œuvre encore plus grand. Il est vrai que ces beautés n’ex-citent ni terreur, ni pitié, ni grands mouvements ; mais ces mouve-ments, cette pitié, cette terreur, ne sont pas nécessaires dans le com-mencement d’un second acte.
Cette scène est beaucoup plus difficile à jouer qu’aucune autre :elle exigerait trois acteurs d’une figure imposante et qui eussent au-tant de noblesse dans la voix et dans les gestes qu’il y en a dans lesvers ; c’est ce qui ne s’est jamais rencontré. (Y.)