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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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EXAMEN DE CINNA

Ce poëme a tant d’illustres suffrages qui lui donnent lepremier rang' parmi les miens, que je me fcrois trop d’im-portants ennemis si j’en disois du mal : je ne le suis pas assez■de moi-même pour chercher des défauts 1 où ils u’en-ont point■voulu voir, et accuser le jugement qu’ils en ont fait, pour ob-scurcir la gloire qu’ils m’eu ont donnée. Cette approbation siforte et si générale vient sans doute de ce que la vraisemblances’y trouve si heureusement conservée aux endroits où la véritélui manque, qu’il n’a jamais besoin de recourir au nécessaire.Rien n’y contredit l’histoire, bien que beaucoup de choses ysoient ajoutées ; rien n’y est violenté par les incommodités de

1 Quoique j’aie osé y trouver des défauts, j’oserais dire ici à Cor-neille : Je souscris à l’avis de ceux qui mettent cette pièce au-dessus detous vos autres ouvrages ; je suis frappé de la noblesse, des sentimentsvrais, de la force, de l’éloquence, des grands traits de cette tragédie. I]y a peu de cette emphase et de cette enflure qui n’est qu’une grandeurfausse. Le récit que fait Cinna au premier acte, la délibération d’Au-guste, plusieurs traits d’Emilie, et enfin la dernière scène, sont des'beautés de tous les temps, et des beautés supérieures. Quand je vouscompare surtout aux contemporains qui osaient alors produire leurs-ouvrages à côté des vôtres, je lève les épaules, et je vous admire commeun être à part. Qui étaient ces hommes qui voulaient courir la mêmecarrière que vous! Tristan, La Case, Grenaille, Rosiers, Boyer, Colletet,Gaulmin, Gillet, Provais, La Ménardière, Magnon, Picou, de Brosse.J’en nommerais cinquante dont pas un n’est connu, ou dont les nomsne se prononcent qu’en riant. C'est au milieu de cette foule que vousvous éleviez au delà des bornes connues de l’art. Vous deviez avoirautant d’ennemis qu’il y avait de mauvais écrivains, et tous les bonsesprits devaient être vos admirateurs. Si j’ai trouvé des taches dansCinna , ces défauts mêmes auraient été de très grandes beautés dans les•écrits de vos pitoyables adversaires. Je n’ai remarqué ces défauts quepour la perfection d’un art dont je vous regarde comme le créateur.Je ne peux ni ajouter ni ôter rien à votre gloire : mon seul but est defaire des remarques utiles aux étrangers qui apprennent votre langue,aux jeunes auteurs qui veulent vous imiter, aux lecteurs qui veulent•s’instruire. (V.)