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ACTE ï, SCÈNE I.
Et qui, purgeant notre ame et dessillant nos yeux,
Nous rend le premier droit que nous avions aux cieux,
.Bien que je le préfère aux grandeurs d’un empire,
Comme le bien suprême est le seul où j’aspire,
Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour,
Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour.
NÉARQUE.
Ainsi du genre humain l’ennemi vous abuse 1 :
Ce qu’il ne peut de force, il l’entreprend de ruse 2 .
Jaloux des bons desseins qu’il tâche d’ébranlerQuand il ne les peut rompre, il pousse à reculer 3 ;
D’obstacle sur obstacle il va troubler le vôtre,
Aujourd’hui par des pleurs, chaque jour par quelque autre 4 ;Et ce songe rempli de noires visionsN’est que le coup d’essai de ses illusions :
Il met tout en usage, et prière, et menace;
Il attaque toujours, et jamais ne se lasse;
l Ce langage familier de la dévotion parut d’abord extraordinaire :on venait de jouer Sainte Agnès, d’un Puget de La Serre; elle étaittombée : sa chute donna mauvaise opinion de Saint Polyeucle à l’hôtelde Rambouillet. Le cardinal de Richelieu le condamna comme le Cid ►C’est ce que nous apprend l’abbé Hédelin d’Aubignac, ennemi de Cor-neille, et qui croyait être son maître. Remarquez que cette périphrase,Vennemi du genre humain, est noble, et que le nom propre eût été ridi-cule : le vulgaire représente le diable avec des cornes et une longuequeue; l'ennemi du genre humain donne l’idée d’un être terrible quicombat contre Dieu même. Toutes les fois qu’un mot présente uneimage, ou basse, ou dégoûtante, ou comique, ennoblissez-la par desimages accessoires; mais aussi ne vous piquez pas de vouloir ajouterune grandeur vaine à ce qui est imposant par soi-même. Si vous voulez,exprimer que le roi vient, dites le roi vient; et n’imitez pas le poètequi, trouvant ces mots trop communs, dit :
Ce grand roi roule ici ses pas impérieux. (V.)
De force, de ruse , cela est lâche, et n’est pas d’un français pur. Otbn’entreprend point de ruse. (V.) — On entreprend par ruse ce qu’on*avoit tenté vainement par la force. Corneille emploie de au lieu de par :ce qui étoit familier, et ce qui l’est encore, à tous les poetes. (P.)
3 Les rompre, à demi rompu, rompez. Ce mot rompre, si souvent ré-pété, est d’autant plus vicieux qu’on ne dit ni rompre un dessein, nirompre un coup. (V.)
4 Après par des pleurs il fallait spécifier un autre obstacle. Chaque