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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE X, SCÈNE III.

POLYEUCTE.

Ne craignez rien (le mal pour une heure d’absence *.Adieu : vos pleurs sur moi prennent trop de puissance :Je sens déjà mon cœur prêt à se révolter,

Et ce n’est qu’en fuyant que j’y puis résister.

SCÈNE III.

PAULINE, STRATONICE.

PAULINE.

Va, néglige mes pleurs, cours, et te précipiteAu-devant de la mort que les dieux m’ont prédite;

Suis cet agent fatal de tes mauvais destins,

Qui peut-être te livre aux mains des assassins.

Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes :

Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes 1 2 ;

Voilà ce qui nous reste, et l'ordinaire effet

De l'amour qu'on nous offre, et des vœux qu’on nous fait.

Tant qu’ils ne sont qn’amants nous sommes souveraines,

Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines;

Mais après l’hyménée ils sont rois à leur tour 3 .

1 Ae craignez rien de mal pour une heure d’absence,est encore du style comique. (V.)

2 Ces deux vers sentent la comédie. Le peu de rimes de notre languefait que, pour rimer à hommes, on fait venir comme on peut le siècleoh nous sommes, l’état où nous sommes, tons tant que nous sommes.Cette gêne ne se fait que trop sentir en mille occasions; et c’est unedes preuves de la prodigieuse supériorité des langues grecque et latinesur les langues modernes. La seule ressource est d’éviter, si l’on peut,ces malheureuses rimes, et de chercher un autre tour ; la difficulté estprodigieuse, mais il la faut vaincre. (V.)

3 Ce vers a passé en proverbe. Il n’est pas, à la vérité, de la hautetragédie, mais cette naïveté ne peut déplaire.

Et tragicus plerumque dolet sermone pedestri.

II y a ici une remarque bien importante à faire. Il s’agit de 3a vie dePolyeucte. Pauline croit que le fanatique Marque va livrer son mariaux mains des assassins, et elle s’amuse à dire : Voila notre pouvoirsur les hommes dans le siècle où nous sommes , etc. Si elle est réelle-