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ACTE II, SCÈNE I.
Un amant qui perd tout n’a plus de complaisance;
Dans un tel entretien il suit sa passion,
Et ne pousse qu’injure et qu'irnprécation î .
SÉVÈRE.
Juge autrement de moi, mon respect dure encore;
Tout violent qu’il est, mon désespoir l’adore.
Quels reproches aussi peuvent m’être permis ?
De quoi puis-je accuser qui ne m’a rien promis?
Elle n’est point parjure, elle n’est point légère;
Son devoir m’a trahi, mon malheur, et son père 2 .
Mais son devoir fut juste, et son père eut raison;
J’impute à mon malheur toute la trahison 3 ;
Un peu moins de fortune et plus tôt arrivéeEût gagné l’un par l’autre, et me l’eût conservée 4 ;
Trop heureux, mais trop tard, je n’ai pu l’acquérir :
Laisse-la moi donc voir, soupirer et mourir 5 .
FABIAN.
Oui, je vais l'assurer qu’en ce malheur extreme
1 Cela n’est ni noble ni français. (Y.)
2 Yoilà où il est beau de s’élever au-dessus des règles delà gram-maire. L’exactitude demanderait son devoir, et son père, et mon mal-heur m’ont trahi; mais la passion rend ce désordre de paroles trèsbeau : on peut dire seulement que trahi n’est pas le mot propre. (Y.)
S Un devoir ne peut être ni juste, ni injuste : mais la justice con-siste à faire son devoir. Il n’y a point eu là de trahison. (Y.)
4 Uun ])ar l’autre ne se rapporte à.rien : on devine seulement qu’ileût gagné Félix par Pauline. Il faut éviter en poésie ces termes, celui-ci, celui-la, Vun, l’autre , le premier, le second , tous termes de dis-cussion, tous d’une prose rampante, qui ne peuvent être employésqu’avec une extrême circonspection. (Y.)
3 Un général d’armée qui vient en Arménie soupirer et mourir, enrondeau, parait très ridicule aux gens sensés de l’Europe. Cette imi-tation des héros de la chevalerie infectait déjà notre théâtre dans sanaissance ; c’est ce que Boileau appelle mourir par métaphore ; l’écuyerFabian, qui parle des vrais amants , est encore un écuyer de roman.Tout cela est vrai; et il n’est pas moins vrai que l’amour de Sévèreintéresse, pareeque tous ses sentiments sont nobles. On n’insiste pasici sur la douceur infinie de l’hymen, sur ces expressions : Eclaircis-moi sur ce point ; vous vous échapperez ; ne pousse qu’injure; et lespremiers mouvements des vrais amants. Il est peut-être un peu étrangeque Pauline ait parlé de ces premiers mouvements à l’écuyer Fabianmais enfin tout cela n’ôte rien à l’intérêt théâtral. (Y.